Ce courageux anonyme avait écrit divers mails à quelques autorités de notre belle République (préfet, président de la Cour des Comptes etc.) durant la campagne électorale. Comme j’étais cité à chaque fois, j’ai jugé bon de lui répondre. Curieusement, je n’ai plus eu de nouvelles ensuite.

Voici la réponse que j’avais rédigée à votre intention lors de votre précédent courrier, mais sachant que vous reviendriez par la suite à la charge, je l’ai gardée sous le coude :-)

“Madame”,

Puisque vous me citez dans votre courrier, préférant l’anagramme à la décence de vous présenter à visage découvert, selon la pratique constante et déplorable d’Asnières, je me permets d’apporter diverses précisions.

Le problème “en ce qui concerne la gestion et les finances” de votre ville est bien connu. Il a même été analysé dans le précédent rapport de la chambre régionale des comptes, que vous trouverez ici :

http://www.ccomptes.fr/CRC13/documents/ROD/IFL200102.pdf

Il est imputable aux prédécesseurs du maire actuel, ce qui a eu pour effet de limiter grandement ses marges de manœuvre.

La comptabilité de la commune, disponible sur le site de ministère du budget (que l’absence de fuite concernant des problèmes dans sa tenue valide) montre que sur le mandat écoulé, les dépenses de fonctionnement sont restées stables en euros constants. Les dépenses d’investissement sont pour leur part restées stables en euros bruts. La part consacrée aux dépenses d’équipement a pu croître en limitant les remboursement d’emprunts ce qui a eu pour effet de gonfler l’endettement. J’ai examiné les choses en détails ici :

http://www.zebraincast.com/blog/archives/187

Quel que soit le jugement que l’on peut porter sur l’utilisation de ces crédits, il n’est pas contestable que la ville d’Asnières est ici à rebours de la moyenne dépensière nationale et qu’il est difficile de faire mieux que de ne pas dépenser plus en fonctionnement en fin de mandat qu’au début. D’autant qu’Asnières “dépense” 30% de moins que la moyenne des villes comparables.

D’autre part, si vous prenez la peine de lire les diverses productions de la chambre, vous constaterez une grande hétérogénéité dans l’approche et le traitement :

http://www.ccomptes.fr/CRC13/Productions.html

A l’évidence, en fonction de la personnalité des magistrats, du temps disponible et du “client”, on passe du rapport équilibré à charge et à décharge au rapport sévère qui se focalise sur ce qui ne va pas. Les deux approches se défendent à partir du moment où ces rapports ne tombent pas en pleine période électorale.

Cette hétérogénéité suscite d’ailleurs actuellement un débat au sein de la Cour, comme le montre cet extrait d’un article du Figaro :

«Certains d’entre nous, mais pas tous, ne veulent plus que les projecteurs soient braqués sur les enquêtes qui font rire le badaud et manquent d’exemplarité, explique un magistrat. L’idée serait de demander aux chambres régionales des comptes d’enquêter sur des thèmes identiques afin de pouvoir en tirer des leçons pour tous.»

http://www.lefigaro.fr/actualites/2008/02/07/01001-20080207ARTFIG00016…

En l’espèce, cette approche variable a pour effet que le précédent rapport, qui analysait comment Asnières était passé d’une situation financière saine à une situation délicate est beaucoup moins sévère que celui qui a fuité dans la presse, qui n’est certes pas très reluisant, mais se résume globalement à remarquer que l’endettement reste élevé et à pointer divers dérapages qui, pour déplorables qu’ils soient, ne représentent qu’une faible part du budget de la ville.

Contrairement à vous, depuis la rédaction de ma note, je tiens pour acquis le fait que ce rapport était dans sa version à communiquer au conseil en novembre. M. Aeschlimann n’a pas souhaité organiser de conseil extraordinaire pour permettre à ce rapport d’être rendu public avant l’élection. C’est peut-être scandaleux à vos yeux, mais la loi en question est très ambiguë, et il est loin d’être clair que ce rapport pouvait être diffusé pendant la période électorale si ce conseil extraordinaire s’était tenu. Par ailleurs, autre aspect de la question, en temps normal le maire dispose de moyens de communication pour réagir à un rapport. Or en période électorale, il en est privé.

Voici un extrait d’une intervention de M. Charasse au Sénat sur ce sujet, lors d’un débat préalable à cette loi :

http://www.senat.fr/seances/s200005/s20000511/sc20000511028.html

“Pour l’instant, il n’y a rien dans la loi, mais les chambres régionales des comptes ont adopté une pratique selon laquelle, trois mois avant une élection, on n’envoie pas de lettre d’observations. Mais ce délai de trois mois est très différent de l’autre délai fixé par le code électoral, qui, lui, est de six mois. Si bien que, pendant les six mois qui précèdent une élection générale, un maire ne peut pas dire du bien de lui à travers des publications municipales, mais que, pendant trois de ces six mois-là il peut se faire éreinter par la chambre régionale des comptes !”

Enfin, en termes de communication pure, faire d’un rapport qui se borne à pointer les errements d’une gestion le centre de la campagne électorale aurait été très trompeur. Les hommes politiques qui maintiennent sur 6 ans les dépenses à un niveau stable et très inférieur à la moyenne ne sont pas si courants en France. Pas un mot sur le sujet dans le vrai/faux/nsp rapport ou dans les fuites, ce qui est tout sauf une présentation équilibrée de la situation. Il faut aussi voir quels étaient les grands problèmes d’Asnières en début de mandat et si les choses sont allées dans la bonne direction.

Voici ce qu’indiquait l’Express en 2002 :

http://www.lexpress.fr/info/france/dossier/idf/dossier.asp?ida=328888

Un dynamisme démographique mal maîtrisé

“Le maire, Manuel Aeschlimann (RPR), est conscient de ces faiblesses. «Nous construisons deux nouvelles crèches et nous allons attribuer à certains foyers une allocation de 4 400 F dès janvier 2002», indique-t-il. Les associations, elles aussi, agissent activement pour compenser les faiblesses de la ville. Ce que le socialiste Dominique Riera juge inacceptable: «Il faut arrêter ce libéralisme municipal.» Il est vrai que la politique sociale de la commune n’est pas très active alors que sa population reste, en moyenne, peu fortunée. Comparés, par exemple, aux prix des équipements publics de sa voisine communiste Gennevilliers, les tarifs d’Asnières restent élevés.

Parcellisation. Ainsi se caractérise Asnières-sur-Seine, qui termine seulement 29e au palmarès général de L’Express. Parcellisation des quartiers, des catégories socio-professionnelles, des équipements publics. Une hétérogénéité lourde à gérer. Asnières possède pourtant quelques attraits, à commencer par ses Petits Chanteurs, les Poppys, et son pittoresque cimetière des chiens. Mais cela ne suffit évidemment pas pour répondre aux exigences de son dynamisme démographique (8e). L’arrivée de cadres, d’employés et de jeunes couples avec enfants se traduit par de nouveaux besoins, pour l’heure mal satisfaits. Ainsi, dans les crèches (33e) et les haltes-garderie (34e), les places manquent cruellement. Il en est de même pour les loisirs (22e): la ville ne compte qu’une bibliothèque pour 76 000habitants (34e) et un nombre réduit de centres socioculturels (31e).

Avec sa forte densité, Asnières souffre d’un manque cruel d’espaces verts et de zones aménagées. Ce qui lui vaut une modeste 31e place pour l’environnement. Certes, Manuel Aeschlimann a prévu d’ajouter 1 500 arbres sur les trottoirs. «C’est nettement insuffisant, tranche Dominique Riera. Il faudrait un plan vert de 5 000 à 10 000 arbres et, surtout, stopper l’urbanisation!» Le mot qui fâche est lâché. Cet urbanisme des années 60 qui a fait la part belle aux HLM a réduit la place des pavillons (25e). Du coup, si les prix des logements sont abordables (6e), malgré la relative proximité de Paris, leur confort laisse nettement à désirer (28e). Quant aux logements sociaux, ils pâtissent toujours de leur concentration géographique. Malgré un taux plutôt élevé (22%), la mixité sociale est donc loin d’être réalisée au sein d’une commune qui compte à la fois 1 250 RMIstes et 350 contribuables soumis à l’impôt sur la fortune.

L’absence de maillage social débouche aussi sur de sérieux problèmes de sécurité (28e). Certes, la vidéosurveillance va être installée. Mais le travail en amont reste à faire. Aujourd’hui, les médiateurs de rue et les éducateurs qui travaillent sur le terrain avec les associations sont en nombre insuffisant.

Asnières obtient encore une place médiocre pour les transports (33e). La situation devrait toutefois s’améliorer dans les prochaines années avec le prolongement du métro vers le quartier nord d’Asnières, prévu pour 2005-2006. Prélude à d’autres voies de développement?

Tout, bien sûr, n’est pas noir. Asnières peut s’enorgueillir de la bonne performance de ses commerces (6e), de l’excellence de ses lycées (meilleurs qu’à Neuilly), de la jeunesse de sa population ou de la rareté des vols avec violence. Mais elle ne peut objectivement pas s’endormir sur ses maigres lauriers.”

Un vrai débat, un bon débat, aurait certes pointé les erreurs de gestion et l’incurie, mais sans occulter les grands choix à faire pour le mandat à suivre :

1) Maintenir l’investissement au même niveau qu’actuellement, en le finançant par la dette
2) Maintenir l’investissement au même niveau qu’actuellement, en le finançant par une forte augmentation des impôts
3) Réduire l’investissement pour stabiliser la dette

Lors du mandat qui s’achève, pendant deux ans la dette est restée stable, car l’investissement était réduit de 100€/hab. Aucun de ces choix n’est donc impossible.

Le maire sortant fait essentiellement campagne sur son bilan, il est donc raisonnable de penser qu’il gravite autour de l’option 1).

Les opposants font pour l’heure campagne sur l’option que je n’ai pas mise, car elle est grotesque mais tellement séduisante, c’est l’option 4) :

4) Les incuries et l’incompétence (voire plus) sont responsables de la dette, donc plus d’Aeschlimann, plus d’endettement. Malheureusement pour les tenants de cette opinion, la dette élevée, comme d’ailleurs la pratique des communications anonymes, ne date pas d’Aeschlimann.

Ce n’est pas, chère “Madame”, le président de la Cour des comptes qui doit trancher ces question, c’est vous. Est-ce que, pour répondre aux besoins des nouveaux habitants d’une ville, il faut taxer les anciens habitants ? Ou, au contraire, est-ce qu’il faut simplement leur demander de se porter garants des emprunts nécessaires ? Dans un cas vous financez l’investissement par l’impôt, dans l’autre par l’emprunt.

Pour finir, puisque vous déplorez que les non-initiés en finance ne puissent savoir quelle est la situation exacte d’Asnières, je vous renvoie à la notation effectuée par l’agence indépendante Public Evaluation System ici :

http://www.public-evaluation.com/PES_2007.pdf

Vous constaterez que les opposants se sont bien gardés d’en faire la promotion. Il est vrai que la mairie voisine de Clichy, dont se réclame en partie l’opposant principal du maire, n’a pas la moyenne, contrairement à Asnières.

Tous ces éléments devraient êtres pris pour ce qu’ils sont, non comme des armes de compromission massive mais comme des indicateurs permettant d’appréhender par petites touches la globalité de ces questions, ce que j’ai essayé de faire dans ma dernière note et ici. La difficulté vient du fait qu’en termes de communication, aller au fond des choses en visant l’équilibre est peu efficace dans un climat caractérisé par la mauvaise foi et les attaques au dessous de la ceinture, ce qui explique le choix de votre maire, en particulier en période électorale.

A mon sens le problème principal d’Asnières n’est pas ses finances mais le piètre niveau de son débat public, que vous illustrez une fois de plus en n’ayant pas le courage de vos “opinions” et de votre “action”.

Cordialement.

  • Facebook
  • Wikio FR
  • Digg
  • del.icio.us
  • Yahoo! Buzz
  • Google
  • YahooMyWeb
  • Live
  • StumbleUpon
  • Technorati
  • Mixx
  • NewsVine
  • Scoopeo
  • BlogMemes Fr
  • TwitThis
  • E-mail this story to a friend!