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Quand Asnierois.org sort un peu de sa bulle

Il y a plus de six mois, dans l’introduction de ma série de notes La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co, j’écrivais :

L’objectif (…) n’est pas de montrer que la démarche des opposants à Manuel Aeschlimann est illégitime, je pense au contraire qu’elle est normale et utile (…). Je souhaite simplement montrer que la démarche du maire l’est tout autant, que sous l’écume des exagérations et de la mauvaise foi, il y a des divergences politiques profondes, sur des questions fondamentales, et que le climat détestable empêche précisément qu’elles soient exposées, défendues et débattues convenablement.

Cela se retourne contre eux, notamment parce qu’à force d’exagérations ils perdent toute crédibilité, jusqu’à devenir inaudibles.

Je peux enfin relever qu’asnierois.org publie une contribution intéressante au débat dans son Etude comparative des finances d’Asnières (version Internet, version pdf téléchargeable) qui complète utilement ma précédente note (Le “bilan de mandature” passé au tamis).

Le plus positif est qu’on est sorti du discours simpliste type “le maire est nul, menteur, méchant et a dépensé tout l’argent de la dette pour lui-même et ses amis”. Un chiffre est extrêmement révélateur : le nom “Aeschlimann” n’est cité que 6 fois en 55 pages.

J’expose ci-après pourquoi je ne partage pas ses conclusions et son orientation, mais je recommande vivement la lecture préalable du document.

Anonymat toujours

Comme d’habitude en ce qui concerne Asnières, ce document n’est pas signé. C’est regrettable, car, immanquablement, il sera attribué à un membre d’une liste présentée aux élections municipales. En l’espèce, l’assumer aurait été bénéfique pour la liste en question.

C’est tout le paradoxe d’une démarche qui se prétend indépendante et citoyenne, alors qu’elle est en réalité très liée à l’une des candidates. J’avais déjà signalé les responsabilités du mari de Mme Fischer dans l’association qui édite asnierois.org. Un simple whois sur les noms de domaine josianefischer.org et asnierois.org montre que les deux sites sont enregistrés à la même adresse et au même numéro, le premier étant au nom de Mme Fischer, le second au nom de son mari.

Les limites de l’explication par la taxe professionnelle

La faiblesse de la taxe professionnelle à Asnières est effectivement une vraie question qui mérite débat. En revanche, le document donne le sentiment, erroné, que c’est la première cause de la situation financière tendue de la ville.

Les prélèvements locaux sur la population sont bien moins élevés à Asnières qu’à Clichy et Colombes

  • En 2006, la somme des deux taxes sur les ménages, la taxe d’habitation et la taxe foncière, était dans les deux villes plus élevée : 577€/hab à Clichy et 543€/hab à Colombes, contre 384€/hab à Asnières.
  • En ajoutant la fiscalité indirecte, c’est-à-dire tous les prélèvements locaux sauf la taxe professionnelle, on obtient 778€/hab à Clichy et 715€/hab à Colombes, contre 638€/hab à Asnières. De surcroît, le document signale que la fiscalité indirecte était à un niveau exceptionnel en 2006 à Asnières.

En 55 pages, le document ne trouve pas le temps de s’intéresser à près de 50% des ressources de la ville en 2001, et à la baisse de cette part à moins de 40% en 2006. Alors que les deux villes citées en comparaison n’ont pas suivi cette évolution.

  • En 2006, les produits de fonctionnement, soit l’ensemble des ressources de la ville, étaient de 2087€/hab à Clichy, 1678€/hab à Colombes et 1385€/hab à Asnières.
  • La taxe professionnelle rapportait 514€/hab à Clichy, 267€/hab à Colombes et 193€/hab à Asnières. En ajoutant aux prélèvements sus-cités, on obtient 1292€/hab à Clichy, 982€/hab à Colombes et 831€/hab à Asnières.
  • Le reste des ressources, soit 778€/hab pour Clichy, 680€/hab pour Colombes et 545€/hab pour Asnières, provient pour l’essentiel de l’État.
  • Pour mémoire, cette part a légèrement baissé à Asnières sur la période 2001 à 2006, de 549€/hab à 545€/hab, contre une augmentation de 31% pour la moyenne de la strate, de 593€/hab à 778€/hab. L’évolution pour Clichy est de 496€/hab à 753€/hab, soit une augmentation de 52%, et de 559€/hab à 680€/hab pour Colombes, soit une augmentation de 22%. Dans un tel contexte, il est évidemment plus facile de mener “une stratégie de désendettement”.
  • Comme indiqué, on ne dispose malheureusement pas du détail, mais la majeure partie de la contribution de l’État, la dotation globale de fonctionnement (DGF), était en 2006 de 333€/hab à Asnières, 401€/hab à Colombes et 487€/hab à Clichy. En 2001 elle était inférieure de 36€/hab à celle de Colombes et de 70€/hab en 2006. En 2001 elle était supérieure de 35€/hab à celle de Clichy, mais inférieure de 156€/hab en 2006.
  • Rappelons que la DGF a fait l’objet d’une réforme en 2004. Son périmètre a été élargi en remplacement d’autres ressources. Son effet est particulièrement défavorable à Asnières. En 2003, la différence par rapport à Colombes était de 37€/hab, soit à 1€ près celle de 2001. En 2004, elle a bondi à 58€/hab. Et elle continue de croître puisqu’en 2006 elle s’établit à 70€/hab. Par rapport à la moyenne de strate, la différence était de 31€/hab en 2003, 97€/hab en 2004 et 113€/hab en 2006. Par rapport à Clichy, Asnières percevait toujours 37€/hab de plus en 2003, mais 152€/hab de moins en 2004.
  • La structure de la DGF des communes établie en 2004 se décompose comme suit. La plus grosse part, la dotation forfaitaire, croît faiblement (+1,68% en 2006). En revanche, les deux parts restantes croissent fortement : +15,8% en 2006 pour la dotation de solidarité urbaine (DSU), qui doit conserver ce rythme annuel jusqu’en 2009, et +3,3% en 2006 pour la dotation nationale de péréquation (DNP), d’un montant nettement plus faible.
  • Voyons ce qu’en pense le rapporteur pour avis sur le budget des collectivités territoriales, par ailleurs maire d’Asnières, dans une récente intervention à l’Assemblée nationale :
    “Permettez-moi de m’interroger sur les critères d’attribution de cette DSU (dotation de solidarité urbaine et de cohésion sociale). Comment comprendre en effet que soit écartée de cette attribution une commune dont le potentiel fiscal et financier est inférieur à la moyenne de strate, alors même qu’elle fait des efforts notables en faveur des populations de sa ZUS [Zone urbaine sensible] pour assurer une bonne cohésion sociale ? Ne pourrait-on pas garantir à ces communes à tout le moins une évolution de leur DGF au moins égale à celle de l’érosion monétaire, a fortiori quand cette dotation est inférieure à la moyenne de strate ?”

Au delà de la question de la pertinence des mécanismes de péréquation, si la ville perçoit moins d’argent de l’État, c’est en théorie du fait d’une population globalement plus favorisée qu’ailleurs. Il serait donc normal, dans le cadre d’une politique d’investissement forte, que les prélèvements sur la population ou l’emprunt soient plus élevés. Ici aussi, les comparaisons sont éclairantes. Les dépenses d’équipement d’Asnières s’établissent à 300€/hab par an sur la période 2001 à 2006 contre 245€/hab à Colombes, 296€/hab à Clichy et 335€/hab pour la moyenne de la strate.

Supposons enfin qu’Asnières ait connu la même évolution de taxe professionnelle que la moyenne de strate, soit 14% d’augmentation sur la période 2001-2006. La différence en 2006 serait de 30€/hab. Las ! Cette progression n’était que de 8% à Colombes et 10% à Clichy. Les 55 pages analysent une vraie question qui représente moins d’un dixième de l’évolution très défavorable des autres ressources de la ville, qu’elles ignorent complètement. Voilà qui amoindrit singulièrement la portée et la pertinence de l’analyse.

De meilleures rentrées de taxe professionnelle auraient permis de limiter un peu le recours à l’emprunt, mais la cause principale de l’accroissement de la dette est bien le choix de modération fiscale et d’investissement fort de l’équipe sortante.

Politique d’urbanisme

Le revenu de la taxe professionnelle est évidemment lié à la politique d’urbanisme. Contrairement à l’augmentation des taux, ses effets ne peuvent être immédiats. Le niveau actuel de la taxe professionnelle est lié aux choix d’urbanisme des années 90, et son niveau dans les années 2010 sera lié aux choix d’urbanisme actuels. Pointer ses faiblesses aujourd’hui, c’est refaire le procès des choix d’il y a dix ans.

D’après l’information parcellaire et orientée dont on dispose sur le net, le maire doit en partie les fonctions qu’il occupe à son opposition à cette politique à l’époque. Visiblement, une fois en place, il s’en est en partie accommodé, ce qui est vraisemblablement l’une des causes de conflit avec son équipe d’alors, dont faisait partie Mme Fischer. Il n’est dès lors guère étonnant de retrouver cette insistance sur la taxe professionnelle, qui a tout de même un petit coté ancien combattant qui refait en 2008 les guerres perdues il y a dix ans.

Il serait nettement plus intéressant d’analyser la politique d’urbanisme et les évolutions démographiques actuels. La comparaison des chiffres clés de l’INSEE concernant Clichy, Colombes et Asnières montre des différences très nettes entre Clichy et Asnières : part des propriétaires 26% à Clichy, 41% à Asnières, part des ménages disposant d’une voiture 64% à Asnières, 49% à Clichy, état matrimonial, taille de la résidence…

Il y a en revanche peu de différences entre Colombes et Asnières sur les critères examinés, à l’exception de la part d’appartements : 72% à Colombes, stable depuis 1999, 89% à Asnières, +1 par rapport à 1999, 97% à Clichy, +3 par rapport à 1999. On relève également que l’INSEE fait état d’une progression de 13,4% de la population de Clichy entre 1999 et 2005 contre 9,8% à Asnières et 7,6% à Colombes.

Autant d’éléments qui relativisent la fuite en avant démographique et immobilière dont on prétend qu’elle caractérise l’édile d’Asnières. Un rapide coup d’œil sur cette carte devrait permettre de mieux cerner les grandes évolutions démographiques en cours.

Concernant la politique d’urbanisme, voici ce qu’écrivait Laurence Lenoir, candidate socialiste aux municipales et aux cantonales, au sujet des deux grandes tours prévues dans le nouveau quartier d’affaire : “Quant à l’utilité pour Asnières de construire encore 60.000 m2 de bureaux alors que des surfaces libres à louer se multiplient partout en ville, il faudra nous expliquer…” J’avais été intrigué par le propos, car, à ma connaissance, on attire précisément les grandes entreprises avec des tours. Une offre éparpillée dans la ville intéressera plutôt les PME locales. C’est donc avec intérêt que je découvre que la faiblesse d’Asnières porte précisément sur les grandes entreprises.

Les premières délibérations concernant ce quartier d’affaire datent de fin 2003. Selon l’équipe sortante, ce projet a fait l’objet de 9 recours : 3 ont été rejetés et 5 ont fini en désistement. Sans doute celui passé sous silence a dû mal tourner pour la municipalité. N’empêche, il est difficile de condamner l’absence de politique visant à développer les recettes de taxe professionnelle, alors que ce projet est lancé depuis fin 2003 !

Quelques autres limites

Je ne m’étendrai pas sur les contorsions qui permettent d’atteindre le chiffre symbolique des 200 millions d’euros de dette. Dans l’absolu, un document qui entreprend de démonter les effets de manche de la communication du maire d’Asnières devrait s’abstenir d’y céder lui-même.

Une autre limite, particulièrement pesante à Asnières, est ce besoin de se parer des mânes de la presse, qu’on alimente, et de ses classements, qu’on collectionne, pour tenter d’emporter l’adhésion du lecteur. Qu’un politique ou des militants s’y adonnent, c’est de bonne guerre. Qu’un document sérieux reprenne ce genre d’argumentaire le dévalue.

Comble d’amusement, selon l’habitude constante des sites consacrés à Asnières, le document ne relève que les classements défavorables. Celui de Challenges en 2006 l’était. Il a naturellement obtenu la promotion qu’il méritait à l’époque, et l’auteur s’y réfère une fois de plus. Mais pas de nouvelles de Challenges depuis. Pourquoi ?

L’agence de notation qui élabore ce classement a relevé la note d’Asnières en 2007. Challenges a d’ailleurs publié un classement de la gestion des villes de plus de 10 000 habitants le 21 février dernier. Aucune nouvelle de cet intéressant document sur les sites citoyens qui informent et distribuent la vérité. Aucun tract pour alerter la population. Et pour cause, Asnières et Manuel Aeschlimann obtiennent une étoile, ce qui d’après la légende signifie “assez bien”. Idem pour Colombes. En revanche, pour Clichy, c’est “peut mieux faire”.

Pour en savoir un peu plus sur le modèle de Public Evaluation System, qui fournit Challenges, les Echos détaillaient en 2004 les 5 grands critères pris en compte à l’époque : la rigidité budgétaire, le risque d’insolvabilité, le service de la dette, les réalisations et l’évolution des taux de fiscalité.

Voici ce qu’indique Capital concernant son propre classement :

Le magazine Capital a demandé à un expert-comptable honoraire (Claude Jaillet) d’éplucher les comptes des 169 plus grandes villes de France et ceux de leurs structures intercommunales. Puis en a extrait un tableau de bord complet qui permet de juger la qualité de la gestion des équipes municipales entre 2001 et 2006, dernier exercice disponible (2005 pour l’intercommunalité).

Ce tableau de bord fait ressortir les principaux indicateurs (Endettement par habitant, délai théorique de désendettement, dépense de fonctionnement par habitant, taxe d’habitation et taxe sur le foncier bâti) leur évolution entre 2001 et 2006, ainsi qu’un commentaire.

Hum, expert-comptable honoraire d’un coté, agence de notation spécialisée dans les collectivités publiques avec une brochette de profils variés de l’autre, dont une partie a déjà dirigé une ville de la taille d’Asnières ou été directeur du Budget au ministère de l’Economie… Bon, comme j’ai l’art de ne me fâcher avec personne (si si !) disons que le modèle de Capital a l’air plus comptable et statique, tandis que celui de Challenges semble plus dynamique, opérationnel et étendu.

Difficile en tout cas de savoir qui se ridiculise le plus lors du pataquès récent autour de Capital, qui a d’ailleurs encore rebondi. Est-ce M. Pietrasanta, qui le premier a diffusé un tract où il ne retenait que ce qui l’arrangeait ? Ou est-ce M. Aeschlimann, qui lui a répondu de la même façon, mais en quadrichromie ? Ou bien est-ce Capital lui-même, qui a eu l’incongruité de mettre la photo du maire en ouverture de son dossier pour louer sa maîtrise des dépenses de fonctionnement, pour assassiner ensuite sa ville quelques pages plus loin ?

Ces évaluations sont des points de repère, pas des talismans.

Un document trop tardif

Enfin, et c’est finalement le plus regrettable, ce document apparaît bien trop tard. Il aurait pu constituer le point de départ d’un projet collaboratif, la réponse pertinente aux remarques formulées ici-même il y a plus de six mois. De tour de passe-passe par la taxe professionnelle il serait peut-être devenu une stratégie sérieuse de désendettement. Il sera lu par quelques centaines de personnes. C’est intéressant pour constituer une équipe. Ce n’est rien à quelques jours de l’élection.

Je n’ai pas vérifié, mais je suppose que les règles sont les mêmes qu’aux législatives. Il ne sera donc pas possible de commenter avant dimanche soir.

Sur le même sujet :

MAJ 9/3 23h30

Ballottage !

  • Liste Aeschlimann (Majorité) 9666 voix, 41,56%
  • Liste Pietrasanta (PS-Verts) 7830 voix, 33,66%
  • Liste Fischer (DVD) 2894 voix, 12,44%
  • Liste Leblond (Modem) 2869 voix, 12,34%

Le choix du Modem sera déterminant.

MAJ 23h55

Rappel 2001 :

  • Liste Aeschlimann (RPR) 9230 voix, 50,12%
  • Liste Reira (PS) 5168 voix, 28,06%
  • Liste Casari (DVD) 2031 voix, 11,03%
  • Liste Massol (MNR) 1987 voix, 10,79%

La terrible explosion démographique semble surtout profiter à ceux qui veulent la stopper. :-D

MAJ 10/3

Le Modem a choisi de rejoindre les deux autres listes. Il y aura donc une alliance gauche/droite (PS-Verts-Modem-DVD) au 2e tour.

MAJ 16/3 23h05

Manuel Aeschlimann battu !

Source France 3 :
http://elections.france3.fr/municipales/2008/resultats/CO_92004.html

  • Liste Anti-Aeschlimann 51,87% (13 524 voix)
  • Liste Aeschlimann 48,13% (12 550 voix)

MAJ 22/3

A lire :

Le score de Josiane Fischer DVD (3% en 2007, 12% en 2008) indique clairement un vote « de droite » au premier tour pour condamner la gestion de Manuel Aeschlimann.

Au second tour, Manuel Aeschlimann retrouve les voix du 2nd tour de la législative 2007 (12 851 voix et 56,60% sur les bureaux de vote d’Asnières) mais il est battu ; ce point confirme la mobilisation des Asniérois pour en finir avec le système Aeschlimann.

Plus précisément, dans les bureaux qui votent à droite, Manuel Aeschlimann progresse fortement entre les deux tours; entre 10 et 15 % dans 9 bureaux de vote ! Il reprend la moitié des voix MoDem et DVD. En revanche, dans les bureaux qui votent le plus à gauche, le Maire sortant perd des voix par rapport au premier tour; entre -2 et -6% dans 4 bureaux où l’électorat se mobilise bien plus fortement qu’au premier tour ! Au second tour, Manuel Aeschlimann est battu par la gauche.

En prolongeant l’analyse sur le canton sud (1er tour UMP 45,38%, MoDem 17,15%, PS+PRG+PC 37,48% - 2nd tour UMP 53,72%, PS 46,28%) les voix portées au premier tour sur ma candidature MoDem semblent se partager à peu près équitablement au second tour, avec l’utilisation trompeuse par la candidate socialiste d’un faux soutien de Marielle de Sarnez sur sa profession de foi circulaire.

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (Fin)

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Corruption

Ce petit tour des turpitudes supposées serait très incomplet sans évoquer ce qui est suggéré à longueur d’articles mais très rarement de façon ouverte : la corruption. On devine à nouveau la justification : se serait s’exposer à une plainte du député procédurier. On laisse donc le soin au lecteur de prolonger de lui-même : on labellise des candidats “anti-corruption”, on fait leur promotion, on organise des actions en ce sens, on s’adonne à des raccourcis foireux… Chacun comprendra.

Suite à la plainte de l’ADECA, l’association qui a créé asnierois.org, le député est mis en examen dans une affaire de favoritisme. Dans sa lettre adressée au juge il en fait lui-même la demande. Selon les magistrats interrogés par Le Parisien, elle était de toute façon “dans l’air”. Sans rentrer dans les détails, la mise en examen permet dans certains cas de mieux se défendre que la procédure du témoin assisté, même si ce n’est pas la raison invoquée.

Quelques points intéressants de ce courrier :

  • “L’instruction a démontré qu’à supposer l’existence d’une irrégularité, il n’y avait ni enrichissement personnel, ni financement occulte de quoi que ce soit.”
  • “Devant moi, vous avez alors reconnu que les arguments des avocats défendeurs étaient plausibles et que les témoins à charge s’étaient manifestement trompés.”
  • “Je vois que l’instruction s’appuie sur de nombreux actes de procédure pourtant absolument falsifiés. Des faux numéros d’instruction parquet, des documents anti-datés, des faux procès-verbaux… Tout y passe. Le parquet est au courant. Vous êtes au courant. Et les auditions se poursuivent comme si de rien n’était.”

Naturellement, comme il s’agit d’un politique, on ne peut accorder aucun crédit à ce qui précède. Raisonnement absurde : sauf cas pathologique on ne ment pas par plaisir mais par intérêt. C’est vain sur des faits aisément vérifiables, sauf à vouloir se faire assassiner lors du renvoi devant le Tribunal. Il y a dès lors de bonnes probabilités pour que ce qui précède soit exact, ce qui voudrait dire qu’il n’y aurait pas de corruption et que les charges s’appuieraient sur des personnes qui n’ont pas de preuve mais des certitudes, certitudes qui n’ont pas résisté à l’examen.

Or c’est là la seule affaire concernant des faits éventuels de corruption. Il n’était d’ailleurs pas maire à l’époque. Il y est mêlé car des témoins affirment que chacun sait qu’il s’occupait de tout1. Tout le reste des affaires locales ne concerne que de la diffamation et des refus de droit de réponse mêlant entre autres des tracts anonymes, sport historique à Asnières dont il n’est pas l’inventeur. Ce qu’on peut sans doute lui attribuer, c’est le soufflé judiciaire qui accompagne désormais cette spécialité locale.

Ces quelques éléments justifieraient au moins que l’on attende la décision des magistrats. Mais non, on amalgame des faits qui n’ont rien à voir, d’autres politiques des Hauts-de-Seine qui ont pour leur part été condamnés, on mélange le tout et l’on touille et ça fournit des antécédents qui servent de point d’appui à de nouvelles supputations.

Ce qui est très étrange, c’est que la chronique des faits judiciaires touchant nos représentants s’attarde sur quelques uns, mais nettement moins sur d’autres. Pendant que le député-maire d’Asnières se mettait en examen, le président du conseil régional d’Ile-de-France, le socialiste Jean-Paul Huchon, se faisait condamner par la même chambre que son prédécesseur de droite. Partie civile pour des faits de corruption à l’époque où il était dans l’opposition, voici qu’il se retrouvait accusé et condamné pour prise illégale d’intérêt une fois au pouvoir.

Pour se justifier, il expliquait, s’agissant de sa femme, que : “Nos conversations ne sont jamais professionnelles. J’ai une conception moderne du rôle de la femme. Elle a sa vie, et j’ai la mienne.” L’accusation relevait pour sa part que pendant deux ans elle “n’a exercé d’activités professionnelles qu’au sein des sociétés attributaires des marchés publics de la région et pour la durée de l’exécution de ces contrats. Et depuis sa réélection à la tête de la région Ile-de-France, en 2004, Jean-Paul Huchon emploie sa femme en qualité de collaboratrice à son cabinet”. Les juges l’ont pour l’instant condamné à six mois de prison avec sursis, 60.000 euros d’amende et un an d’inéligibilité. L’appel est en cours, il est toujours en poste, Sébastien Pietrasanta s’est même prévalu de son soutien juste avant les élections. Que font les médias sarkozystes, pourquoi ne dénoncent-ils pas à longueur de reportages ces faits intolérables ?! La maladie des Hauts-de-Seine s’étend à toute l’Ile-de-France et on ne nous dit rien !

Rah mais ça n’a rien à voir. Huchon on le connaît, il fait du super boulot. Bon il a peut-être commis quelques maladresses, mais on lui fait un mauvais procès, certainement un coup de la droite qui n’a pas digéré la perte de la région… Rien à voir, vraiment ? Pas plus, sans doute, que les aventures judiciaires de DSK, qui avait dû abandonner son poste de ministre de l’Economie lors de sa mise en examen et qui une fois au tribunal avait vu l’accusation se ridiculiser et abandonner toutes les charges. Rien de grave, l’instabilité ministérielle à ce poste n’est pas un problème : 10 ministres en dix ans, contre un ou deux chez nos voisins…

Cette façon d’utiliser des affaires judiciaires dans les combats politiques existe depuis la Grèce antique. Plus proche de nous on lira avec intérêt ces quelques pages du journal de Raymond Poincaré. Président de la République pendant la première guerre mondiale, il préfère Clemenceau, partisan de la poursuite de la guerre, à Caillaux, partisan d’une paix de compromis. Une fois en poste, Clemenceau n’a de cesse de tenter de montrer que son rival se compromet avec l’ennemi. Caillaux n’est pas en reste et tente de faire couler Poincaré et Clemenceau. La France est en pleine guerre, mais le gros des conversations entre les présidents de la République et du Conseil porte sur Caillaux. Poincaré ne manque pas de noter les exagérations de Clemenceau. Caillaux finira en prison, condamné pour “aide involontaire” de l’ennemi, puis redeviendra ensuite député. On peut certes se scandaliser de ces basses manoeuvres. Ou voir aussi, en même temps, de la grande politique : des désaccords profonds sur des choix critiques. Clemenceau, outre ses responsabilités dans la victoire, est aussi l’auteur du titre du célèbre article de Zola : “J’accuse…!”.

Encore plus près de nous, dans l’une des affaires Clearstream — celle qui cache la foret des frégates — on sait que c’est un proche de Dominique de Villepin qui a remis “anonymement” au juge Van Ruymbeke un listing qui s’est révélé par la suite être un faux. Ce listing impliquait Nicolas Sarkozy, qui a donc frisé la mise en examen. Or, comme l’illustre l’exemple de DSK déjà cité, il est de tradition que les ministres démissionnent dès leur mise en examen. Comme par hasard Nicolas Sarkozy vient de rompre avec cette pratique puisqu’André Santini, mis en examen, figure au gouvernement.

Malgré les développements récents, il est encore loin d’être établi que Dominique de Villepin et Jacques Chirac soient à l’origine de la manoeuvre. Villepin a semble-t-il alerté la presse, mais aussi permis aux vérifications d’aller à leur terme. Pour l’heure, l’hypothèse la plus plausible est que Van Ruymbeke et Villepin se sont dans un premier temps fait enfumer. Naturellement les sarkophobes — espèce provisoirement rare — y verront une machination contre Villepin. La justice tranchera, à moins que tout ceci ne s’échoue en Cour de Justice de la République.

C’est peut-être contre-intuitif au départ, mais la fin des mises en examen couperet constitue un progrès dans l’intérêt de tous. L’incitation à encombrer la justice dans le but de discréditer un adversaire est réduite. Et sa lenteur est ici un avantage : le temps judiciaire étant plus long que le temps politique, c’est bien la gravité des faits qui motive celui qui l’alerte, pas la prochaine échéance électorale. Le respect de la présomption d’innocence du député-maire d’Asnières garantit non seulement ses droits fondamentaux, il garde aussi du risque d’instrumentalisation et de manipulation.

Prochaine note : Déni de réalite (Retirée)

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

MAJ 20/8

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

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  1. On remarque que quand il s’agit de le faire renvoyer par les électeurs, il ne fait rien []

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (V)

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Un vrai politique

On a vu que le procès en inefficacité du député d’Asnières était vicié. Evoquons trois problèmes importants qui concernent la France et pas spécifiquement Asnières :

  • En 2002, le candidat de l’extrême droite est au 2e tour de l’élection présidentielle.
  • En 2005, les Français rejettent le traité constitutionnel qui leur est soumis par referendum.
  • En 2005, trois semaines de violences urbaines se déroulent dans les banlieues. Les analyses divergent sur leurs causes mais l’une d’entre elles est que leurs habitants se sentent rejetés par le reste de la société française.

Manuel Aeschlimann a-t-il tenté d’agir sur ces sujets ? Oui, dans les trois cas :

  • Sur la réduction du Front national, en 2005, dans l’International Herald Tribune, il indiquait :
    • “The idea is to try to win voters who are not naturally inclined to vote for Nicolas Sarkozy, but who will do so if he addresses their demands,” said Manuel Aeschlimann, who gauges public opinion for the Union for a Popular Movement, France’s leading center-right party, which is headed by Sarkozy.
      In an interview Thursday, Aeschlimann said that the vast majority of the National Front’s electorate supported the party “with very personal and local concerns in mind.”
      He added: “We think 50 percent of them could be persuaded to vote for Nicolas Sarkozy if we make law and order a priority.”
    • L’idée est de tenter de gagner des électeurs qui ne se portent pas naturellement sur Nicolas Sarkozy, mais qui le feront s’il répond à leurs attentes. Une vaste majorité d’électeurs du Front national soutient ce parti pour des raisons très personnelles et locales. Nous pensons que la moitié d’entre eux peuvent être persuadés de voter pour Nicolas Sarkozy si nous faisons de la loi et de l’ordre une priorité.
    • Ces propos ont naturellement suscité la polémique. Il n’en demeure pas moins qu’ils sont complètement assumés et qu’ils ont été appliqués à la lettre et avec succès deux ans plus tard. On peut certes considérer que ça revient à faire du Le Pen sans Le Pen, mais on ne peut contester une certaine justesse d’analyse qui a conduit au résultat escompté. Le Pen, qui fait de la politique depuis plus d’un demi-siècle, n’a semble-t-il compris que quelques semaines avant l’élection qu’on ne préférerait pas comme d’habitude l’original à la copie. Pur coup de bol, obtenu certainement en se tournant les pouces.
    • Dans les pays où il est possible d’évoquer ce sujet sans se retrouver couvert d’un torrent de boue, on appelle ça le progressive dilemma :
      • It was the Conservative politician David Willetts who drew my attention to the “progressive dilemma”. Speaking at a roundtable on welfare reform, he said: “The basis on which you can extract large sums of money in tax and pay it out in benefits is that most people think the recipients are people like themselves, facing difficulties that they themselves could face. If values become more diverse, if lifestyles become more differentiated, then it becomes more difficult to sustain the legitimacy of a universal risk-pooling welfare state. People ask: ‘Why should I pay for them when they are doing things that I wouldn’t do?’ This is America versus Sweden. You can have a Swedish welfare state provided that you are a homogeneous society with intensely shared values. In the United States you have a very diverse, individualistic society where people feel fewer obligations to fellow citizens. Progressives want diversity, but they thereby undermine part of the moral consensus on which a large welfare state rests.”
      • C’est l’homme politique conservateur David Willets qui a attiré mon attention sur le dilemme progressiste. Lors d’un colloque sur la réforme de l’Etat providence, il indiquait : “Le principe qui permet de redistribuer de vastes sommes ne fonctionne que parce que la plupart des gens pensent que les destinataires de l’aide sont des gens comme eux, face à des difficultés qu’ils pourraient eux-mêmes rencontrer. Si les valeurs deviennent plus diverses, si les modes de vie deviennent trop différenciés, alors il devient plus difficile de donner une légitimité à la fonction d’assurance-risque de l’Etat providence. Les gens demandent : “Pourquoi devrais-je payer pour eux alors qu’ils font des choses que je ne ferais pas ?” C’est les Etats-Unis contre la Suède. Vous pouvez avoir un Etat-providence pourvu que votre société soit homogène avec des valeurs partagées intensément. Aux Etats-Unis vous avez une société très diverse, individualiste (…). Les progressistes veulent de la diversité, mais ils fragilisent de la sorte une partie du consensus moral sur lequel repose l’Etat providence.
      • La gauche française a ceci de paradoxal qu’elle a tranché ce dilemme, mais qu’elle n’arrive pas à l’assumer : Nicolas Sarkozy a plus régularisé d’étrangers que ses prédécesseurs socialistes.
      • On notera que dans cette optique l’accent mis sur les valeurs et l’identité est cohérent avec la défense du modèle de protection sociale français. Chacun voit bien les risques de dérives. C’est justement le rôle de l’opposition de les montrer ou de les empêcher. Mais ça ne peut être efficace que si l’on respecte l’adversaire qui représente des électeurs qu’il faut convaincre. A moins que l’objectif soit de rester éternellement minoritaire pour pouvoir continuer à se plaindre sans jamais agir.
  • Sur le traité constitutionnel, il s’en prend à Jean-Pierre “Win the yes” Raffarin en lui demandant par média interposés de se mettre en retrait de la campagne. Il jugeait apparemment qu’il la plombait. C’est une analyse assez difficile à contester, mais j’ai trouvé moyen de le faire : il aurait dû poursuivre sa critique jusqu’à Jacques Chirac.
  • Sur les problèmes des banlieues, la critique serait plutôt qu’il en a trop fait, ou pas comme il faut :
    • Mise en place du communautarisme dans sa ville, selon ses opposants. Il est difficile d’en juger le degré car il maintient dans le même temps que cela ne l’empêche pas de mener une politique d’intérêt général.
    • Dans un parti paraît-il de godillots, il s’en prend en 2004 au gouvernement de Jean-Pierre Raffarin - c’est une manie - et à sa “beurette gadget” (Tokia Saïfi). En détails ça donne : “Les Français issus de l’immigration méritent mieux que cela. L’effet Tokia Saïfi n’aura duré que le temps des législatives 2002, la droite est incapable de faire émerger de vraies personnalités charismatiques parmi les jeunes issus de l’immigration. Il y a vraiment un vote ‘beur et black’ qui n’est pas pris en compte par la droite.” Ce point de vue a visiblement été entendu lors de la campagne présidentielle et lors de la composition du nouveau gouvernement.
    • Son directeur de cabinet était d’origine iranienne et se voyait semble-t-il lui succéder.
    • Le bilan de ces expériences est très difficile à établir en raison des controverses. On note en tout cas que le député semble s’être replié sur le système de sélection classique des élites françaises pour le recrutement de ses nouveaux collaborateurs.
    • Comme pour l’absentéisme, les critiques envisagent le problème par le petit bout de la lorgnette, et si l’on regarde les élus confrontés à des questions similaires, les “dérives” communautaristes sont parfois presque plus extrêmes :
      • Communiqué de Jean-Paul Huchon, président [socialiste] du conseil régional d’Ile de France, En ce lundi 1er Chawel 1427 de l’Hégir, qui correspond au 23 octobre 2006 de notre calendrier, je souhaite à tous les musulmans d’Ile de France et de France une très bonne fête de l’Aïd al Fitr.
        Je souhaite qu’Allah accepte votre jeûne et vous comble de Sa Clémence et de Sa Miséricorde. “
      • Sébastien Pietrasenta, suppléant de la candidate socialiste aux dernières législatives contre Aeschlimann, n’a pas manqué de relayer l’appel de l’interassociative lesbienne et gaie à faire barrage à Manuel Aeschlimann “pour le respect et le droit de chacun de vivre dans la dignité“. Apparemment le député a signé avec 157 de ses collègues un texte affirmant son opposition au mariage ainsi qu’à l’adoption et la formulation porte atteinte à la dignité.

Se pourrait-il finalement que le vote se fasse sur enjeu et qu’on montre du doigt celui qui ose sortir de l’hypocrisie en appelant les choses par leur nom et en les systématisant ?

MAJ 5/8

  • E Pluribus Unum: Diversity and Community in the Twenty-first Century : compte-rendu d’une étude de Robert Putnam menée sur près de 30.000 personnes aux Etats-Unis. L’étude a été réalisée en 2000, mais Putnam a refusé de la publier “jusqu’à ce qu’il puisse développer des propositions pour compenser les impacts négatifs de la diversité”, soit jusqu’en juin 2007 dans cet article publié par les Scandinavian Political Studies. Extrait : “New evidence from the US suggests that in ethnically diverse neighbourhoods residents of all races tend to ‘hunker down’. Trust (even of one’s own race) is lower, altruism and community cooperation rarer, friends fewer. In the long run, however, successful immigrant societies have overcome such fragmentation by creating new, cross-cutting forms of social solidarity and more encompassing identities.”
  • The downside of diversity, article du Boston Globe sur l’étude de Putnam, publié ce jour.

Prochaine note : Corruption

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (IV)

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Un député activement paresseux

Le fidèle lecteur d’Asnierois.org ne manquera pas de relever que le député-maire d’Asnières fait carton-plein au jeu des sept péchés capitaux. Faute de pouvoir être exhaustif je prendrai l’exemple de la paresse.

Sébastien Pietrasanta, suppléant de la candidate socialiste à la députation contre Manuel Aeschlimann, résumait juste avant l’élection l’ensemble de ces griefs :

Lors de mes rencontres avec les Asniérois et les Colombiens, je me suis rendu compte que de nombreux concitoyens ne savaient même pas le nom de leur député. Il n’a rien fait durant ses 5 ans de mandat. Il a préféré faire des coups médiatiques plutôt que de travailler à l’Assemblée Nationale ou de s’occuper des problèmes des habitants de la circonscription.

A titre d’exemple, Le journal Le Cri du Contribuable a noté les députés en mai 2007. Il atteint une note de 8/29 alors que la moyenne est nettement plus élevée…Il n’a déposé que 49 questions en 5 ans alors que la moyenne par député est de 222…Pire encore, il n’a déposé qu’une seule proposition de loi en cinq ans…Et encore…c’était pour interdire les triangulaires aux élections. Une proposition de loi qui touche bien sûr la vie quotidienne des milliers d’Asniérois et Colombiens.

Enfin, le député n’est jamais présent. Il s’est fait épingler par son absence par de nombreux journaux (notamment l’Express). Il n’intervient quasiment jamais à l’Assemblée Nationale. Il ne participe presque jamais aux votes des lois (84 sur 1 094).

Voilà le vrai bilan de Manuel Aeschlimann. Il est terrible et ne fait pas honneur à la politique. Les Asniérois et les Colombiens devraient le savoir avant de voter.

Creusons un peu cette charge :

  • Sur la note de 8/29 du Cri du Contribuable :
    • L’article de Sébastien Pietrasanta est daté du 7 juin 2007. Le 8 juin 2007 asnierois.org publie un article intitulé “Elections : avant d’aller voter” où l’on retrouve cette “information”. Ceux qui commençaient à subodorer un zeste de mauvaise foi du site sont bien vite rassurés : “Chez nous il n’a plus la cote, mais chez les autres ? Eh bien figurez-vous, chez les autres non plus, il n’a pas la cote ! Et, promis, juré, nous n’y sommes pour rien.” Et de préciser, bien en évidence, que “Manuel Aeschlimann a réussi ça tout seul, un beau ZÉRO TOUT ROND POUR L’ANNÉE 2006/2007 !” Sans oublier le lien “top-crédibilité” vers la source d’origine où le lecteur peut constater de lui-même l’incontestable : sur la législature la note est bien de 8/29 et sur l’année de 0/5.
    • J’ai pris un petit échantillon de députés de la précédente législature qui ont été “promus” cette année (ministres, secrétaires d’Etat, président de l’AN etc.) en particulier Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement, qui a publié un livre où il critique… l’absentéisme à l’Assemblée. A l’exception de l’excellente Nathalie Kosciusko Morizet qui obtient 3 points de plus qu’Aeschlimann, aucun n’a plus de 2,5/29. Laurent Wauquiez a droit à un zéro tout rond pour les cinq ans. Quant au PS-Modem-Verts-PC, sur l’échantillon que j’ai pris, on culmine à 1/29 sur les cinq ans. (François Bayrou, Jean Lassalle, Yves Cochet, François Hollande, Ségolène Royal, Jean Glavany, DSK, Laurent Fabius, Jean-Marc Ayrault, Didier Migaud, Elisabeth Guigou, Jacques Brunhes)
    • J’ai aussi fait une moyenne de tous les députés dont le nom commence par la lettre A : 3,42/29. En retirant Aeschlimann, on tombe à 3,16/29. Quand on fait la moyenne des députés PS et PC de cet échantillon on tombe à… 0/29.
  • Sur sa productivité :
    • Questions : 49. En comparant sa fiche à l’Assemblée à celles du même échantillon que pour le Cri du Contribuable, on constate qu’il est effectivement en dessous de la moyenne, mais pas de façon scandaleuse. Laurent Wauquiez n’a posé que 24 questions, par exemple, DSK 11… Par rapport à la moyenne de tous les députés (222 questions) c’est différent. Mon échantillon se caractérise (volontairement) par des députés connus ou sur le point de l’être.
    • Propositions de loi : 264. Ici il est dans la partie haute de mon échantillon. Le fait de n’avoir déposé qu’une seule proposition de loi n’est pas très significatif. Le rapport proposition de loi / loi effectivement votée doit tourner autour de 15. Dans les faits, il est assez rare qu’un député soit à l’origine d’une loi. En outre, la plupart des spécialistes du droit se plaignent de l’inflation législative : trop de lois, trop de textes qui se superposent… Retenir ce critère pour jauger l’efficacité des députés les fera, aux choix, rire ou entamer une dépression.
    • Rapports : 9. Ici il fait beaucoup mieux que la plupart de ses collègues.
    • Liste des séances où le nom du député apparaît : 5. C’est ici où la comparaison est la plus défavorable. Il est en bonne compagnie : Laurent Fabius ou Ségolène Royal, par exemple, apparaissent 8 fois. Par ailleurs, quand on sait qu’il suffit d’injurier son voisin pour apparaître dans le compte-rendu, je n’ose imaginer ce qui va se passer si ça devient un critère de qualité des députés.
  • En théorie, le rôle d’un député est de se consacrer aux problèmes nationaux, pas spécifiquement “de s’occuper des problèmes des habitants de la circonscription“.
  • Notons au passage que le culte de la personnalité sévissant à Asnières n’est pas aussi pesant qu’on nous l’affirme, l’opposition socialiste découvrant des masses d’électeurs qui n’ont jamais entendu parler de leur député-maire. De là à en conclure que c’est un problème national, connu depuis longtemps, qui explique pourquoi Aeschlimann ne rate jamais une occasion d’apparaître dans la “propagande” municipale, il y a un pas…

En vérité on se trompe de cible. Ce qui est dénoncé est le fait que le parlement soit devenu une chambre d’enregistrement. La réalité est la suivante :

  • Michel Rocard, ancien Premier ministre socialiste, indiquait que le rôle de l’Assemblée était essentiellement symbolique. Les décisions se prennent quelque part entre le gouvernement, la technostructure, les médias, les sondages, les lobbies et Bruxelles.
  • L’Assemblée ne maîtrise pas vraiment son ordre du jour.
  • Les spécialistes considèrent que le gros du travail utile à l’Assemblée se déroule en commission. Dans la législature qui vient de s’achever Manuel Aeschlimann était membre de l’une des plus importantes : la commission des lois.
  • Dans ce système un député efficace ne perd pas son temps à vociférer en séance à l’Assemblée. Il noue des contacts fructueux dans les ministères et ailleurs, intervient dans les médias pour peser sur les décisions… En dénonçant ses coups médiatiques, Sébastien Pietrasanta complimente involontairement le député.

On est à l’évidence très loin du rôle du parlement tel que l’enseigne probablement Sébastien Pietrasanta à ses élèves en cours d’histoire. Son age d’or s’est achevé avec la IIIe République dont les débats parfois violents ont abouti à certains de nos meilleurs textes. On peut parfaitement plaider pour une restauration de son rôle, qui semble d’ailleurs s’amorcer ces jours-ci. Pour ma part, il me semble toutefois assez anachronique de vouloir ramener le débat entre les murs étroits de l’Assemblée alors que s’amorce grâce au net la possibilité d’y faire participer tous ceux qui le veulent en fonction des sujets.

En creusant, on découvre que la charge initiale, assez ridicule, occulte un débat intéressant, fort éloigné toutefois des préoccupations concrètes de la plupart des asniérois. Comme quoi celui que l’on désigne à la vindicte populaire n’est pas forcément le plus déconnecté des réalités.

Prochaine note : Un vrai politique

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

MAJ 13/7

La mairie, de plus en plus réactive, me transmet deux documents intéressants :

MAJ 15/7

Par comparaison de ce qu’est une opposition pertinente et digne de ce nom, voir le site lancé par Christophe à Puteaux :

http://www.puteaux.org/

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (III)

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Un heptatraître

On a vu sa proximité avec asnierois.org. Qui est Josiane Fischer par rapport à Manuel Aeschlimann, plus précisément ? Dans une note de janvier 2004, asnierois.org nous indique que cette ex-adjointe fait partie de la liste de ses “sept trahisons” sur la voie du pouvoir. Pour résumer la version d’asnierois.org, Aeschlimann lui a fait croire qu’elle était sur sa liste aux élections municipales de 2001, puis au dernier moment il en a déposé une autre où elle ne figurait pas. L’avantage était le suivant : il était trop tard pour qu’elle dépose la sienne ou en rejoigne une autre, Aeschlimann s’en est débarrassé sans risquer de l’avoir contre lui.

Bon alors j’imagine que tout le monde est choqué. Sauf que :

  1. On ne sait pas pourquoi il s’en est débarrassé. On peut formuler diverses hypothèses : si on aime Fischer, parce qu’elle lui faisait de l’ombre, et si on ne l’aime pas, parce qu’elle n’était pas au niveau, ou qu’elle complotait contre lui, ou encore qu’il voulait rompre avec les héritages du passé.
  2. Ca dépend de la conception que l’on a du politique. Si l’on en a une vision idéaliste, c’est-à-dire un individu totalement désintéressé, c’est très mal. Si l’on a une vision réaliste, ça se discute. En général, je constate que les meilleurs systèmes sont ceux qui tendent à aligner l’intérêt personnel sur celui des autres. On en vient alors à la conception suivante : les politiques sont les représentants et les négociateurs d’intérêts divergents. C’est-à-dire qu’un politique qui ne défendrait pas au mieux son intérêt et donc celui qu’il représente commettrait une faute politique.
    J’ai évoqué plus longuement cette question sous l’angle de l’activiste dans cette note, bien avant de découvrir les méandres de la vie politique asniéroise ou bien encore dans cette réponse à mon ami ~laurent.
  3. Les hommes étant ce qu’ils sont, ce genre de coups tordus est inévitable avec le scrutin de liste, c’est sans doute aussi pourquoi De Gaulle a préféré le scrutin majoritaire aux élections législatives : on se présente où on veut sans négocier sa présence sur une liste. Il n’avait malheureusement pas anticipé que les questions de financement finiraient par introduire un problème proche. Les partis ont l’argent, difficile de faire sans, même si le net devrait réduire ce problème. Pensez-y la prochaine fois qu’on vous vendra le scrutin proportionnel comme voie sacrée vers le bonheur.

Sur cette affaire, à supposer que ce soit la version exacte, Manuel Aeschlimann est un homme politique professionnel dans une action à première vue limite. Si on n’aime pas, il vaut mieux envisager autre-chose.

Josiane Fischer a choisi de continuer et s’est portée candidate aux élections législatives de 2002, où elle a fait 7,86%, puis à celles qui viennent d’avoir lieu, où elle a obtenu 3,08%. Le Nouvel Obs précise : “Josiane Fischer, ex-adjointe également, mais « partie d’elle-même », insiste-t-elle, et il y a plus longtemps : c’était en 2001“. Etrange : en 2007, dans un article qui évoque les terribles dérives du député, Fischer, la représentante de l’éthique et de la lutte contre la corruption, était partie d’elle-même. Mais en 2004, dans Asnierois.org, elle s’était fait virer, et dans Le Parisien en 2001 elle criait même à l’“attentat politique”.

Dans ce commentaire, japarthur me recommande de mentionner qu’elle a gagné deux fois en diffamation, pour des faits postérieurs à son renvoi, contre des proches du maire. L’objet de cette note n’est pas de s’en prendre à la personne de Josiane Fischer, mais de s’intéresser à la femme politique dans ses actes. Elle axe son discours sur l’éthique. Fort bien. Elle se doit donc d’être irréprochable sur ce point. Or elle se présente d’une façon grossièrement inexacte à la journaliste du Nouvel Obs pour se démarquer des deux autres candidats de droite, virés ultérieurement.

Je le redis, je n’ai rien contre ces pratiques de comm. En quelques mots, il faut donner une image de vous, c’est forcément réducteur. Mais la moindre des choses est de les relever, puisque, quand le député-maire fait de même, de façon plus subtile, on juge que c’est révélateur de son art consommé de la manipulation. Quand on observe que la candidate de l’éthique s’y met, il faudrait le taire ?

Alors, l’éthique, terrain glissant, toujours facile à administrer aux autres, nettement moins à appliquer soi-même, comment faire pour qu’elle progresse ? C’est affaire de pression sociale. On se trompe juste de cible. Ce sont les Français qu’il faut convaincre. Il en sera alors de l’intérêt des politiques de les suivre.

J’admets volontiers qu’il puisse y avoir des déformations journalistiques. Mais dans ce cas il faut faire preuve de mansuétude indifférenciée.

Prochaine note : Un député activement paresseux

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (II)

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Opacité à Asnières

J’ai déjà évoqué rapidement le rôle central joué par le site asnierois.org dont les articles propres ne sont jamais signés de façon identifiable, autour duquel gravitent divers autres sites anonymes. J’indiquais que le responsable en était Philippe Vassé sur la base des multiples procès qui l’opposent à la mairie d’Asnières concernant ce site. Il m’avait répondu, sans plus de précision, que “le site asnierois.org n’est pas [sa] propriété, ni morale, ni commerciale, mais un site associatif citoyen libre“.

Depuis lors, le 1er juin, l’hebdo Marianne a indiqué que “Josiane Fischer, ancienne UMP, est candidate indépendante à Asnières contre Manuel Aeschlimann dont elle dénonce les excès sur Asnierois.org“. Le site indique être édité par une association, Agoredit, et être financé par une autre, l’Adada. Je n’ai pu déterminer (sur le net) leurs responsables. La déclaration des statuts de l’Adada fait apparaître que Philippe Petit, mari de Josiane Fischer, en est le Trésorier.

La justification à toute cette opacité est que, si l’on suit les amusantes notes du site, Manuel Aeschlimann, le député-maire, est très procédurier, que son ancien directeur de cabinet est adepte de la pression musclée (la Cour d’Appel de Versailles vient de confirmer sa condamnation pour dénonciation calomnieuse de M. Shebli Anvar), et que lui-même se cache derrière son premier-adjoint ou autre “lampiste”.

Il n’en demeure pas moins que pour un site qui reproche à la mairie son manque de transparence, ses dérives dictatoriales et népotiques, et qui prétend rouge-sur-blanc détenir la vérité, c’est assez contradictoire, et à mon avis contre-productif. Washinton n’a pas bouté la perfide Albion hors les Etats-Unis en se cachant derrière son petit doigt, idem pour Gandhi, De Gaulle, Lech Walesa, Vaclav Havel, Nelson Mandela etc. Mais à Asnières la dictature est apparemment telle qu’il est impossible d’y assumer ce que l’on écrit !

Transparence à Puteaux

Puisque l’on aime amalgamer tout ce qui touche à l’UMP dans le 92, comparons un instant à la démarche de Christophe Grébert chez les voisins de Puteaux.

On peut certes le soupçonner d’avoir monté son blog dans l’idée de se porter candidat à la mairie de Puteaux (à mon avis ce sont plutôt les mauvaises réactions de la mairie qui en ont fait un candidat) mais on ne peut certainement pas lui reprocher de s’être caché derrière divers paravents. Sa démarche est authentique et transparente. Peu importe les arrières-pensées, le lecteur sait qui parle, pourquoi, et peut juger de lui-même. On connaît ses opinions politiques, ce qu’il fait dans la vie, on a même droit à son orientation sexuelle. Après on peut s’intéresser au contenu : ce n’est pas très constructif de passer son temps à critiquer. Donc soit il trouve quand même quelques mérites à la façon dont est gérée Puteaux, soit ils nous montre à quel point il ferait mieux. Il a choisi la deuxième option.

Prochaine note : Un heptatraître

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Les électeurs s’étant exprimés, j’entame comme annoncé une série de notes qui servira de référence à la synthèse, beaucoup plus brève, que je publierai ultérieurement sur Agoravox.Sauf en réponse à certains commentaires, j’ai rarement évoqué en détails le contexte local, principalement pour deux raisons : c’était ajouter de la confusion à une affaire déjà complexe et risquer de se voir imputer une part dans la déroute que les adversaires de droite du député-maire d’Asnières viennent de subir. Comme ce contexte fournit la trame sur laquelle repose les autres supputations, il est temps de l’examiner en détails, le risque de perturbation au pouillème du vote étant maintenant derrière-nous.

L’objectif de cette première série n’est pas de montrer que la démarche des opposants à Manuel Aeschlimann est illégitime, je pense au contraire qu’elle est normale et utile, elle cadre même parfaitement avec la conception du politique telle que je l’exposerai brièvement. Je souhaite simplement montrer que la démarche du maire l’est tout autant, que sous l’écume des exagérations et de la mauvaise foi, il y a des divergences politiques profondes, sur des questions fondamentales, et que le climat détestable empêche précisément qu’elles soient exposées, défendues et débattues convenablement.

Cela se retourne contre eux, notamment parce qu’à force d’exagérations ils perdent toute crédibilité, jusqu’à devenir inaudibles.

Prochaine note : Opacité à Asnières

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation