Monthly Archive for December, 2007

Le “bilan de mandature” passé au tamis

Dans son “bilan de mandature”, le candidat socialiste affine ses griefs en matière financière. Comparons à nouveau avec les chiffres du ministère du Budget, sur la période 2001 à 2006 :

Grief n°1 : “Explosion de la dette pour financer les dépenses de fonctionnement”

La dette par habitant a augmenté de 46% à Asnières contre 20% pour la moyenne des villes comparables1.

  • La dette de la commune est passée de 1506€/habitant à 2193€/hab contre 1340€/hab à 1604€/hab pour la moyenne de la strate.
  • En euros, elle était de 115 millions en 2001 et de 170 millions en 2006, une augmentation de 55 millions, soit un peu plus de 9 millions par an.
  • Pour être complet, on peut noter une accélération sur les deux derniers exercices, autour de 15 millions par an, qui faisait suite à une quasi-stabilisation entre 2003 et 2004.

Les charges de fonctionnement par habitant ont augmenté de 12% contre 25% pour la moyenne des villes comparables. En tenant compte de l’inflation2, elles sont restées stables.

  • Les charges de fonctionnement sont passées de 1136€/hab à 1275€/hab contre 1335€/hab à 1663€/hab pour la moyenne de la strate.

Les emplois d’investissement par habitant sont stables contre 46% d’augmentation pour la moyenne des villes comparables

  • Les emplois d’investissement sont passés de 444€/hab à 461€/hab contre 584€/hab à 854€/hab pour la moyenne de la strate.
  • Cette présentation est un peu trompeuse, car si les emplois d’investissement croissent généralement d’une année sur l’autre pour la moyenne de la strate, à Asnières ils jouent un peu au yoyo.
  • La ville se caractérise par la faiblesse de la part consacrée au remboursement d’emprunts.
  • La part consacrée aux dépenses d’équipement est passée de 285€/hab à 390€/hab contre 290€/hab à 471€/hab pour la moyenne de la strate, selon l’évolution suivante :

On peut certes s’amuser à considérer qu’une partie de l’endettement supplémentaire a permis de financer les 12% d’augmentation des charges de fonctionnement. Naturellement ce serait très trompeur car la ville a fait preuve de modération sur ce type de dépenses, contrairement à la moyenne. De plus, on remarque que le niveau d’emprunt suit les dépenses d’équipement :

› Le niveau de financement des investissements par la dette plutôt que par l’impôt mérite discussion. En revanche, il faut avoir beaucoup fumé pour considérer que la dette finance le fonctionnement.

Grief n°2 : “Augmentation forte des impôts”

Ici, l’argument est massif et incontestable, car même Le Figaro le dit. S’agissant de la taxe foncière : “en tête du palmarès des communes où la fiscalité a explosé : Nanterre (+11.40%), Versailles (+10.28%) et Asnières-sur-Seine (+18.25%).

Un chiffre dont on ne sait pas à quoi il correspond, ni d’où il vient, mais l’essentiel y est : il est compromettant

  • Quand on cherche à le déterminer, les choses se compliquent dangereusement. Quand on se rend à la source de l’entrefilet du Figaro (l’UNPI), on trouve une comparaison pour les Hauts-de-Seine avec des chiffres différents : 24,60% pour Asnières, 26,90% pour Clichy, 26,19% pour Levallois-Perret, 22,32% pour Neuilly, 25,01% pour Saint-Cloud, 30,89% pour Sceaux…
  • Comme ce tableau indique qu’il s’agit de la cotisation communale + intercommunale + départementale + régionale, japarthur en déduit que le chiffre du Figaro correspond à la part communale. A supposer que ce soit le cas, c’est une comparaison beaucoup plus trompeuse qu’en englobant le tout puisqu’il n’y a pas de part intercommunale à Asnières.

Les taux choisis dépendent de références établies dans les années 60 qui ne correspondent plus à la réalité actuelle

  • Pour commencer à saisir ce que les comparaisons de ville à ville sur les taux ont de trompeur, il faut savoir que le choix du taux des taxes dépend de l’évolution des bases fiscales. Or la référence utilisée dans leur calcul date des années 60 ce qui aboutit notamment au paradoxe que les logements sociaux ont souvent une valeur locative cadastrale plus élevée que les habitations en centre-ville3.
  • La réalité est bien entendu encore plus confuse. L’économiste François Ecalle raconte : “Je ne résiste pas à la tentation d’une anecdote personnelle sur ce sujet. J’ai déménagé il y a quelques années à l’intérieur de la même commune. Je payais une taxe d’habitation [assise également sur la valeur cadastrale] assez substantielle pour mon ancien logement. Le nouveau est deux fois plus grand et sa valeur de marché est plus de deux fois supérieure. Qu’est devenue ma taxe d’habitation ? Et bien, le plus légalement du monde, je ne paye désormais plus rien ! La taxe d’habitation est une loterie nationale et j’ai gagné le gros lot.”

Le produit des impôts locaux par habitant a augmenté de 21% contre 19,5% pour la moyenne des villes comparables

  • Il est naturellement de bonne guerre de se placer du point du vue d’un contribuable donné qui ne voit que l’augmentation de son taux et pas le reste. Mais si l’on veut savoir s’il y a eu une augmentation forte des prélèvements, il faut regarder les comptes de la ville et comparer à la moyenne.
  • Le produit des impôts locaux est passé de 485€/hab à 586€/hab contre 715€/hab à 854€/hab. pour la moyenne de la strate, selon l’évolution suivante :

Le rapport entre les impôts locaux et le potentiel fiscal4 qui donne une idée de la pression fiscale locale5 est légèrement en baisse de 0,66 à 0,64 contre 0,82 à 0,72 pour la moyenne des villes comparables, le potentiel fiscal de la commune n’ayant augmenté que de 24% contre 37% pour la moyenne de la strate.

Détaillons maintenant par type de taxe.

Le produit de la taxe foncière par habitant a augmenté de 39% contre 26% pour la moyenne des villes comparables

  • Il est passé de 115€/hab à 160€/hab contre 202€/hab à 254€/hab pour la moyenne de la strate.
  • Magie des pourcentages, on prélevait à Asnières 87€/hab de moins que la moyenne de la strate en 2001 et 94€/hab de moins en 2006.

Le produit de la taxe d’habitation par habitant a augmenté de 44% contre 24% pour la moyenne des villes comparables

  • Il est passé de 156€/hab à 224€/hab contre 163€/hab à 202€/hab.
  • On prélevait à Asnières 7€/hab de moins en 2001 et 22€/hab de plus en 2006.

Le produit de la taxe professionnelle par habitant est resté stable contre une augmentation de 14% pour la moyenne des villes comparables

  • Il est passé de 197€/hab à 193€/hab contre 334€/hab à 380€/hab.

Voyons maintenant la fiscalité indirecte.

Le produit de la fiscalité indirecte par habitant a augmenté de 112% contre 50% pour la moyenne des villes comparables

  • Il est passé de 120€/hab à 254€/hab contre 149€/hab à 223€/hab.
  • On prélevait à Asnières 29€/hab de moins en 2001 et 31€/hab de plus en 2006.

Les autres ressources de la ville, principalement des concours de l’État, sont restées stables contre 31% d’augmentation pour la moyenne des villes comparables

  • Elles sont passées de 549€/hab à 545€/hab contre une augmentation de 593€/hab à 778€/hab pour la moyenne de la strate.
  • Elles représentaient 47,55% du total des ressources de la ville en 2001 et seulement 39,32% en 2006. Pour la moyenne des villes comparables elles s’établissaient à 40,68% en 2001 contre 41,97% en 2006. Enfin, la moyenne nationale en 2005 était de 45,5%.
  • On ne dispose malheureusement pas du détail, mais on vérifie la moindre contribution de l’État par rapport à la moyenne en regardant l’évolution de la dotation globale de fonctionnement qui est passée de 174€/hab à 333€/hab contre 208€/hab à 444€/hab pour la moyenne de la strate. A noter qu’une réforme avait élargi le périmètre de la dotation en 2004, en remplacement d’une autre ressource.



› L’augmentation du produit des taxes sur les ménages et de la fiscalité indirecte est supérieure à la moyenne de l’échantillon considéré. Elle est principalement due à l’atonie des autres ressources de la ville et non aux dépenses. Elle doit par ailleurs être relativisée : la pression fiscale locale, faible, est restée stable.

Les vraies questions

Il manque un peu plus d’une centaine d’euros par habitant pour stabiliser la dette.

Est-ce réalisable par des économies sur le fonctionnement ?

  • On a vu que les charges de fonctionnement par habitant étaient stables en euros constants, contrairement à la moyenne.
  • Seuls les achats et charges externes sont plus élevés : 357€/hab à 476€/hab contre 321€/hab à 433€/hab pour la moyenne de la strate. L’augmentation est de 33% contre 35% pour la moyenne des villes comparables.
  • Par ailleurs, miracle de la comptabilité, si l’on regarde les données consolidées de 2005, on s’aperçoit qu’en vérité le poste achats et charges externes n’était supérieur que de 28€/hab à Asnières, contre 35€/hab en ne regardant que le budget principal. C’est-à-dire que la moyenne reporte une plus grande part de ces charges dans les budgets annexes. Pire, l’écart se réduit par rapport à 2004 (31€/hab) ! On s’imaginait une différence pour 2006 de 43€, et on risque d’être plus proche de 25€.
  • Si le déséquilibre par rapport à la moyenne s’était créé en cours de mandat, on pourrait être optimiste. Mais ce n’est pas le cas et les observations CRC 2001 suggèrent que c’est structurel, puisque ce déséquilibre existait déjà en 1996. Soit parce que les primes du personnel sont toujours comptabilisées comme charges externes, soit pour d’autres raisons.
  • Que représentent les frais d’avocat ? En comptant large à partir des chiffres qui circulent, 2,5 millions sur la période, soit 5€/hab. Que représentent les frais de communication ? Ce qui circule les établit à un demi-million par an, soit 6€/hab. Pour les premiers, l’excès est patant. Pour les seconds c’est nettement plus discutable car le taux de 0,5% du budget se retrouve dans beaucoup de collectivités.
  • Pour rattraper la moyenne, il faudrait sans doute réduire ce poste de 6%, alors que la suppression illusoire de la totalité des frais de communication et d’avocats dégagerait au mieux 3%. Viser 10€/hab d’économies c’est déjà faire preuve d’optimisme. Ce sera loin d’être suffisant.

Au niveau local, il n’y a que deux leviers : réduire les investissements ou augmenter les recettes et donc les impôts

  • En pratique, un adepte raisonnable du désendettement ferait un peu de tout : viser non pas la stabilisation de la dette mais le rattrapage de la moyenne, intensifier les économies sur le fonctionnement et arbitrer entre les investissements et les impôts en fonction de ses priorités.

Au niveau national, vers une réforme de la fiscalité locale

  • Comme par hasard le rapporteur sur les relations financières avec les collectivités territoriales à l’Assemblée nationale est le député-maire d’Asnières. Il semble prôner l’approfondissement de la décentralisation. Peut-être est-ce, entre autres, pour qu’on cesse d’imputer au responsable d’un exécutif local des décisions sur lesquelles il n’a pas prise ?
  • Autre étrange hasard, le chef de l’État lui-même évoque diverses pistes de réforme de la fiscalité locale.

› Au vu des contraintes de départ et en cours de mandat, la gestion financière de l’équipe sortante est plutôt bonne. Elle est entachée de dérapages qui permettent de la noircir à l’excès. Il manque une opposition constructive qui éclaire le choix des électeurs en présentant un projet alternatif viable.

A lire/voir ailleurs :

Sur le même sujet :

MAJ 14/4/08

________
  1. Il ressort des discours de Pietrasanta que la ville utilise, dans la documentation remise aux élus, une comparaison qui lui est plus défavorable : la moyenne des villes de même taille. Toutes les villes n’ont pas le même type de fiscalité. La moyenne utilisée par le ministère a l’avantage d’exclure les villes qui reportent une partie de leur dette et de leurs charges sur l’intercommunalité. Elle présente toutefois un inconvénient : sur la période, la taille de l’échantillon a baissé, passant de 2,5 millions d’habitants à 1,5 millions, un certain nombre de communes rejoignant un groupement fiscalisé. []
  2. 10% sur la période []
  3. A l’époque les HLM étaient considérés comme plus confortables que les habitations des centre-ville. []
  4. “Le potentiel fiscal d’une commune est égal à la somme que produiraient les quatre taxes directes de cette collectivité si les taux d’imposition qu’elle appliquait à ces quatre taxes étaient égaux aux taux moyens nationaux, les bases utilisées étant les bases brutes servant à l’assiette des impositions communales, minorées le cas échéant des bases écrêtées de taxe professionnelle.” []
  5. Qui serait de 1 si la ville prélevait l’intégralité de son potentiel fiscal. []

Condamnation de Charles Caillet pour diffamation envers Marion Sarraut

japarthur indique :

Condamnation en première instance de Ch. Caillet, 1er adjoint au maire, pour diffamation envers M. Sarraut [voir 05.04.07] à 3’000 euros d’amende, 5’000 euros de dommages et intérêts et 4’000 euros de frais de procédure. La diffamation n’a pas été jugée établie pour M. Aeschlimann. (AFP, 20.11.07) Ch. Caillet fait appel du jugement. (Le Parisien, 21.11.07)

extrait de la dépêche AFP :

Le dépliant, titré «La Miviludes donne raison à la mairie d’Asnières», désignait nommément des associations et des personnes, dont Mme Sarraut, comme faisant partie de la «nébuleuse», terme utilisé par la Miviludes.

M. Caillet donnait aussi une interview où il justifiait la détermination de la mairie en évoquant les «”ateliers éthiques” pour des enfants de 4 à 10 ans, avec des “pédagogues”», organisés par la fondation.

Pour l’avocat de Mme Sarraut, Me Charrière-Bournazel, la phrase insinuait que la fondation était «un repaire de pédophiles en mal de crimes».

extrait de l’article du Parisien :

«On présentait Marion Sarraut comme quelqu’un supportant une secte, en déformant le rapport de la Miviludes. Les propos étaient manifestement attentatoires à son honneur», résume Me Charrière-Bournazel, en charge des intérêts de la réalisatrice. Une vision absolument pas partagée par Me Michèle Brault, l’avocate de la municipalité qui défendait Charles Caillet et Manuel Aeschlimann. «Le nom de Marion Sarraut est cité incidemment, de façon accessoire et anecdotique. Il n’était bien évidemment pas dans l’idée de la mairie d’Asnières de la viser. Au final, la condamnation est assez lourde.»

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

Les fuites concernant le rapport

Comme prévu, la presse a publié des extraits du rapport empêché, bien que le 2 décembre soit passé. Visiblement Nicolas Sarkozy a encore reporté son coup d’État à l’année prochaine.

Voici la dépêche de l’AFP :

Endettement élevé, hausse importante de certaines dépenses, opération immobilière critiquée: la chambre régionale des comptes (CRC) d’Ile-de-France dresse dans un récent rapport un bilan sévère de la gestion d’Asnières (Hauts-de-Seine) par le maire UMP Manuel Aeschlimann.

Proche de Nicolas Sarkozy et candidat à sa propre succession pour les municipales de mars 2008, le député-maire a indiqué lundi à l’AFP qu’il ne pouvait pas réagir sur le fond, car “la loi interdit” de communiquer sur un rapport de la CRC dans les trois mois qui précèdent une élection municipale (code des juridictions financières, NDLR).

Dans le document, dont des extraits ont été diffusés lundi dans l’édition Hauts-de-Seine du Parisien et dont l’AFP a eu copie, la CRC fait état d’une situation financière difficile, avec une dette élevée. Le rapport se penche aussi sur le cas de l’adjoint au maire chargé de l’urbanisme, Antoine Bary.

Fils de Louis-Charles Bary, successeur à la mairie de Neuilly-sur-Seine de Nicolas Sarkozy, Antoine Bary occupe des fonctions importantes dans une société immobilière qui intervient à Asnières, ce que déplore la CRC.

Elle évoque la mise en vente d’un immeuble en 2004 au cours de laquelle la direction de l’urbanisme de la ville est intervenue pour que le vendeur renonce à vendre à un premier acquéreur. Le ministère des Finances avait finalement décidé d’acquérir l’immeuble fin 2004. Selon la CRC, l’Etat avait versé une commission de plus de 100.000 euros à la société de M. Bary.

La CRC relève également que les frais d’avocats ont plus que doublé entre 2000 et 2005, alors que la commune n’a pas eu à faire face à de lourds sinistres.

Selon la mairie d’Asnières, “les éléments publiés” par Le Parisien “et repris dans plusieurs autres médias ne sont pas les documents remis par la chambre régionale des comptes”.

Eléments manquants de cette dépêche, évoqués dans le Parisien :

  • Un directeur général des services, Bernard Loth, disposant d’une Clio de fonction, faisant avec la carte du véhicule, un plein de 80 litres d’essence… Manuel Aeschlimann, disposant d’un chauffeur et d’une Peugeot 607, dont « la consommation excède les besoins de son mandat d’élu municipal ». Une remarque qui vaut pour le directeur de cabinet de l’époque, Francis Pourbagher, depuis lors remercié. Mais aussi pour l’adjointe au maire et femme de l’édile, Marie-Dominique Aeschlimann, qui dispose en plus en permanence d’une grosse cylindrée et d’un chauffeur alors qu’« aucun texte n’autorise un tel avantage ». Des faits que la ville n’a pas expliqués.
  • Un ingénieur territorial en chef muté à Asnières en 1999 et qui n’a jamais mis les pieds en mairie. La commune a reconnu les faits et précisé que sa mutation s’était même traduite pour lui par une amélioration de sa rémunération. La CRC a souligné « que la nomination jusqu’en 2003 de cet agent a constitué une lourde illégalité même si son indemnisation n’a pas été supportée par la ville mais par l’Etat ».

Chacun trouvera chez Sébastien Pietrasanta de quoi satisfaire encore plus pleinement cette envie si profonde qui nous pousse à braver tous les interdits.

La question de la dette et des frais d’avocats excessifs était bien connue et largement évoquée à de multiples reprises ici et ailleurs. L’ingénieur territorial semble être le pendant, en plus grave, des heures supplémentaires excessives du précédent rapport. Faute de chiffres, j’ai du mal à me scandaliser en ce qui concerne le carburant et la voiture de fonction. Je vois bien que les 80 litres devraient me faire fantasmer sur un vaste trafic visant à acheter les voix des pleutres électeurs à coup de barils. Trop réaliste, j’en reste aux dérapages humains classiques liés à la sensation de gratuité. Je propose qu’Asnières invente le ticket modérateur pour voiture de fonction, ce qui lui sera presqu’autant envié que le tract diffamatoire et les sites anonymes qui sentent bon la lavande.

Dans un pays où l’on confie à l’ancien DG de Canal + et actuel PDG de la Fnac le soin de trouver un accord équilibré sur le téléchargement de contenu numérique adopté triomphalement à l’unanimité moins les consommateurs1 je m’étonne que la Chambre en soit encore à relever qu’être adjoint à l’urbanisme et dirigeant dans une société immobilière pose problème. A la rigueur adjoint aux espaces verts, oui, là il y aurait conflit d’intérêt : comment peut-on planter du béton le jour et couler des fleurs la nuit ?

Plaisanterie mise à part, cette affaire mérite naturellement une enquête approfondie. Mais je tiens une nouvelle fois à souligner que ce n’est pas de cette façon qu’on réglera vraiment ce type de problèmes. Il s’agit d’un exemple de plus de ce que le journaliste Laurent Mauduit appelle le capitalisme de connivence, que je ferais remonter jusqu’à Colbert. Tant que l’on attendra des politiques de définir les règles, d’être arbitre et aussi de participer aux matchs, parfois en temps qu’entraîneur, à d’autres moments pour suppléer un joueur, on sera dans ce mélange qui nourrit tous les fantasmes, les soupçons et les dérapages.

La plupart des grands et petits scandales récents viennent de ce mélange des genres entre politique et affaires. Si l’actionnaire de Bruno de Beauregard avait été privé, je n’aurais jamais considéré ses supputations plausibles et je ne serais pas en train d’écrire ces lignes. Si EADS avait été intégralement cotée en bourse, il n’y aurait pas eu de problème de gouvernance bicéphale et d’implication de la classe politique. On ne peut tout simplement pas pousser des cris d’orfraie contre la concurrence libre et non faussée et s’étonner ensuite qu’elle soit entravée et faussée.

Il est difficile de savoir comment Nicolas Sarkozy compte faire évoluer ce modèle dysfonctionnel. Il y a en même temps une forte aspiration à plus de transparence et une forte attente, complètement démesurée à mon avis, envers le politique. Un capitalisme de connivence transparent est-il vraiment possible ?

Pour finir, et comme souvent, ce qu’il y a de plus intéressant dans ces fuites, c’est ce qu’elles ne contiennent pas. Un certain brouillage, qui s’explique par la volonté de ceux qui l’entretiennent d’informer le plus complètement possible leurs futurs nombreux électeurs de la sauce à laquelle ils comptent les manger, avait fini par suggérer que les comptes de la mairie d’Asnières pouvaient manquer de sincérité. Pas de nouvelle, bonne nouvelle : à l’évidence il n’en est rien.

Nous revoici donc de retour à la case départ. Sébastien Pietrasanta n’avait pas besoin de ce rapport pour définir les grandes lignes de la politique financière qu’il compte mener, car il dispose de tous les chiffres nécessaires pour y parvenir. Et comme nous sommes de retour à la case départ, il continue à essayer de nous embrouiller avec les taux des autres, au lieu de nous parler des siens.

Je vais donc moi-aussi me répéter en republiant ma réaction à sa déclaration de candidature :

Monsieur le Conseiller régional :

il y a une grande fragilité à l’ensemble, qu’il faudra bien régler d’ici l’élection, c’est tout ce qui concerne les finances.

vous disposez de chiffres plus récents que moi, je me baserai pour ma part sur les chiffres du ministère de l’économie de 2005 :

la dette est effectivement élevée, personne ne le nie :

1971 euros par habitant contre 1545 euros pour la moyenne de la strate, c’est à dire les villes comparables.

par ailleurs, plus intéressant, sur la période 2001 à 2005, la dette a augmenté de 30%, contre 15% pour la moyenne de la strate.

sauf qu’on ne peut absolument pas isoler ces chiffres du reste :

- l’investissement est plus faible que la moyenne : 488 euros par habitants contre 835 euros de moyenne, soit 60% de la moyenne.

- les dépenses de fonctionnement sont aussi plus faibles que la moyenne : 1261 euros contre 1604 euros, soit 80% de la moyenne.

en gros la municipalité “dépense” 30% de moins que les villes comparables. et donc, au delà de toute polémique sur les taux, les assiettes et les forfaits, ponctionne moins la population que la moyenne.

c’est-à-dire que le choix de gestion de la municipalité est de privilégier l’endettement à l’augmentation des impôts.

si la municipalité augmentait d’un coup ses “dépenses” au même niveau que la moyenne des villes comparables et consacrait la différence au remboursement de la dette, elle l’épongerait en 4 ou 5 ans ! [en réalité on ne procéderait naturellement pas ainsi, mais ça permet de rendre concrètes les marges de manœuvre disponibles]

on peut naturellement dire que la dette est un impôt caché, mais jusqu’à un certain niveau, elle permet d’économiser de l’argent. des impôts plus bas favorisent l’essor économique de la ville. de plus, comme la ville obtient un taux de crédit plus bas en raison de la confiance de ses partenaires financiers, elle peut s’endetter plus que les autres.

il s’agit clairement d’un choix de gestion dynamique. on peut en débattre longtemps. mais pour une ville en forte croissance démographique, ça semble relativement adapté si les chiffres sont sincères. [les fuites de la presse montrent que oui]

comme vous refaites un remake alarmiste depuis au moins deux ans où En attendant Godot devient En attendant le Prefet, vous n’êtes plus très crédible sur le sujet. c’est très ennuyeux, car une opposition constructive est justement censée s’assurer qu’il n’y a pas des engagements cachés que ne reflette pas la comptabilité, ou démontrer que la municipalité a vraiment perdu le contrôle de son endettement.

par ailleurs, les charges de personnel représentent 70% de la moyenne des villes comparables. je ne vous vois pas trop baisser les salaires, ou réduire le nombre d’agents municipaux…

peut-être trouverez vous quelques économies sur les achats et charges externes, en les ramenant à la moyenne des villes comparables (actuellement un peu moins de 10% de plus que la moyenne). la suppression complète (illusoire) de la com et des frais d’avocat ne vous ferait gagner que 2 ou 3 points sur les 10…

ces quelques chiffres montrent que les économies possibles sont limitées et que ce n’est pas ainsi que vous réglerez les deux problèmes que vous tiennent à coeur :

- la dette
- la faiblesse des investissements et subventions

il faudra donc soit :

- augmenter fortement les impôts pour réduire progressivement la dette.
- réduire fortement les dépenses pour réduire progressivement la dette.
- ne rien dire avant et augmenter les impôts ensuite, par exemple en s’appuyant sur l’audit “catastrophique” de la période aeschlimann. c’est ainsi que l’on procède en France depuis que je suis né. mais je crois que vous parlez aussi quelque part d’éthique.
- manger son chapeau et dire que finalement, au vu des contraintes et à quelques priorités près, la politique financière suivie n’est pas si mauvaise que ça.
- demander au père Noël. le père Noël national c’est nicolas sarkozy. on saura enfin s’il est sincère avec son ouverture, car s’il vous donne des sous, c’est vraiment qu’il est désintéressé. mais c’est vrai que vous êtes aussi un bout de père Noël régional :-)

en ce qui concerne l’audit auquel vous voulez procéder, il faut lire les réponses de la majorité dans le dernier bulletin municipal. la Cour régionale des comptes travaille actuellement sur la commune. elle produira donc un rapport détaillé que nous pourrons comparer au précédent, datant de 2001, qui auditait la gestion des prédécesseurs du maire actuel.

cette même majorité est, dans la même livraison, fière comme un coq car l’agence (indépendante) de notation Public Evaluation System lui a attribué une étoile pour sa gestion, c’est à dire entre 10 et 13 sur 20. c’était précisément cette agence qui était à l’origine du classement 2006 de Challenges dont on concluait, de-ci de-là, qu’il démontrait à l’envie combien la gestion de la municipalité était mauvaise.

à titre de comparaison, la ville de Versailles, qui a une population et un potentiel fiscal proche de vous, a une étoile aussi… quant au Conseil régional d’Ile-de-France, évalué également : une étoile aussi !

non non, tout le monde n’a pas une étoile, mon département à moi est le mieux classé de France :-) (en gros, 1/3 des communes n’ont pas d’étoile)

enfin, comme cette évaluation est très sensible à l’augmentation des impôts, le classement de l’an prochain sera encore meilleur, puisqu’ils n’ont pas augmenté. ce sera assurément porté au crédit du nouveau maire :-)

bref, la gestion d’une ville ne se réduit pas à des classements et à ne relever que quelques chiffres compromettants, jusqu’au ridicule. car on passe à côté de la vision globale, qui elle seule permet de faire des choix que l’on pourra assumer dans le temps.

Sur le même sujet :

________
  1. Denis Olivennes indique qu’il n’a pas de conflit d’intérêt car la FNAC ne gagne pas d’argent sur les CD, alors qu’elle en gagne beaucoup sur le numérique et les offres FAI. D’une part, il ne dissipera pas la défiance de cette façon. D’autre part, comme il y a eu transfert de capitalisation des industries du disque vers les industries numériques et transfert dans le budget du consommateur de l’un vers l’autre, si l’on cherche absolument un voleur, il est tout trouvé, et ce n’est pas vraiment le consommateur, d’un point de vue purement économique []