Monthly Archive for July, 2007

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (Fin)

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Corruption

Ce petit tour des turpitudes supposées serait très incomplet sans évoquer ce qui est suggéré à longueur d’articles mais très rarement de façon ouverte : la corruption. On devine à nouveau la justification : se serait s’exposer à une plainte du député procédurier. On laisse donc le soin au lecteur de prolonger de lui-même : on labellise des candidats “anti-corruption”, on fait leur promotion, on organise des actions en ce sens, on s’adonne à des raccourcis foireux… Chacun comprendra.

Suite à la plainte de l’ADECA, l’association qui a créé asnierois.org, le député est mis en examen dans une affaire de favoritisme. Dans sa lettre adressée au juge il en fait lui-même la demande. Selon les magistrats interrogés par Le Parisien, elle était de toute façon “dans l’air”. Sans rentrer dans les détails, la mise en examen permet dans certains cas de mieux se défendre que la procédure du témoin assisté, même si ce n’est pas la raison invoquée.

Quelques points intéressants de ce courrier :

  • “L’instruction a démontré qu’à supposer l’existence d’une irrégularité, il n’y avait ni enrichissement personnel, ni financement occulte de quoi que ce soit.”
  • “Devant moi, vous avez alors reconnu que les arguments des avocats défendeurs étaient plausibles et que les témoins à charge s’étaient manifestement trompés.”
  • “Je vois que l’instruction s’appuie sur de nombreux actes de procédure pourtant absolument falsifiés. Des faux numéros d’instruction parquet, des documents anti-datés, des faux procès-verbaux… Tout y passe. Le parquet est au courant. Vous êtes au courant. Et les auditions se poursuivent comme si de rien n’était.”

Naturellement, comme il s’agit d’un politique, on ne peut accorder aucun crédit à ce qui précède. Raisonnement absurde : sauf cas pathologique on ne ment pas par plaisir mais par intérêt. C’est vain sur des faits aisément vérifiables, sauf à vouloir se faire assassiner lors du renvoi devant le Tribunal. Il y a dès lors de bonnes probabilités pour que ce qui précède soit exact, ce qui voudrait dire qu’il n’y aurait pas de corruption et que les charges s’appuieraient sur des personnes qui n’ont pas de preuve mais des certitudes, certitudes qui n’ont pas résisté à l’examen.

Or c’est là la seule affaire concernant des faits éventuels de corruption. Il n’était d’ailleurs pas maire à l’époque. Il y est mêlé car des témoins affirment que chacun sait qu’il s’occupait de tout1. Tout le reste des affaires locales ne concerne que de la diffamation et des refus de droit de réponse mêlant entre autres des tracts anonymes, sport historique à Asnières dont il n’est pas l’inventeur. Ce qu’on peut sans doute lui attribuer, c’est le soufflé judiciaire qui accompagne désormais cette spécialité locale.

Ces quelques éléments justifieraient au moins que l’on attende la décision des magistrats. Mais non, on amalgame des faits qui n’ont rien à voir, d’autres politiques des Hauts-de-Seine qui ont pour leur part été condamnés, on mélange le tout et l’on touille et ça fournit des antécédents qui servent de point d’appui à de nouvelles supputations.

Ce qui est très étrange, c’est que la chronique des faits judiciaires touchant nos représentants s’attarde sur quelques uns, mais nettement moins sur d’autres. Pendant que le député-maire d’Asnières se mettait en examen, le président du conseil régional d’Ile-de-France, le socialiste Jean-Paul Huchon, se faisait condamner par la même chambre que son prédécesseur de droite. Partie civile pour des faits de corruption à l’époque où il était dans l’opposition, voici qu’il se retrouvait accusé et condamné pour prise illégale d’intérêt une fois au pouvoir.

Pour se justifier, il expliquait, s’agissant de sa femme, que : “Nos conversations ne sont jamais professionnelles. J’ai une conception moderne du rôle de la femme. Elle a sa vie, et j’ai la mienne.” L’accusation relevait pour sa part que pendant deux ans elle “n’a exercé d’activités professionnelles qu’au sein des sociétés attributaires des marchés publics de la région et pour la durée de l’exécution de ces contrats. Et depuis sa réélection à la tête de la région Ile-de-France, en 2004, Jean-Paul Huchon emploie sa femme en qualité de collaboratrice à son cabinet”. Les juges l’ont pour l’instant condamné à six mois de prison avec sursis, 60.000 euros d’amende et un an d’inéligibilité. L’appel est en cours, il est toujours en poste, Sébastien Pietrasanta s’est même prévalu de son soutien juste avant les élections. Que font les médias sarkozystes, pourquoi ne dénoncent-ils pas à longueur de reportages ces faits intolérables ?! La maladie des Hauts-de-Seine s’étend à toute l’Ile-de-France et on ne nous dit rien !

Rah mais ça n’a rien à voir. Huchon on le connaît, il fait du super boulot. Bon il a peut-être commis quelques maladresses, mais on lui fait un mauvais procès, certainement un coup de la droite qui n’a pas digéré la perte de la région… Rien à voir, vraiment ? Pas plus, sans doute, que les aventures judiciaires de DSK, qui avait dû abandonner son poste de ministre de l’Economie lors de sa mise en examen et qui une fois au tribunal avait vu l’accusation se ridiculiser et abandonner toutes les charges. Rien de grave, l’instabilité ministérielle à ce poste n’est pas un problème : 10 ministres en dix ans, contre un ou deux chez nos voisins…

Cette façon d’utiliser des affaires judiciaires dans les combats politiques existe depuis la Grèce antique. Plus proche de nous on lira avec intérêt ces quelques pages du journal de Raymond Poincaré. Président de la République pendant la première guerre mondiale, il préfère Clemenceau, partisan de la poursuite de la guerre, à Caillaux, partisan d’une paix de compromis. Une fois en poste, Clemenceau n’a de cesse de tenter de montrer que son rival se compromet avec l’ennemi. Caillaux n’est pas en reste et tente de faire couler Poincaré et Clemenceau. La France est en pleine guerre, mais le gros des conversations entre les présidents de la République et du Conseil porte sur Caillaux. Poincaré ne manque pas de noter les exagérations de Clemenceau. Caillaux finira en prison, condamné pour “aide involontaire” de l’ennemi, puis redeviendra ensuite député. On peut certes se scandaliser de ces basses manoeuvres. Ou voir aussi, en même temps, de la grande politique : des désaccords profonds sur des choix critiques. Clemenceau, outre ses responsabilités dans la victoire, est aussi l’auteur du titre du célèbre article de Zola : “J’accuse…!”.

Encore plus près de nous, dans l’une des affaires Clearstream — celle qui cache la foret des frégates — on sait que c’est un proche de Dominique de Villepin qui a remis “anonymement” au juge Van Ruymbeke un listing qui s’est révélé par la suite être un faux. Ce listing impliquait Nicolas Sarkozy, qui a donc frisé la mise en examen. Or, comme l’illustre l’exemple de DSK déjà cité, il est de tradition que les ministres démissionnent dès leur mise en examen. Comme par hasard Nicolas Sarkozy vient de rompre avec cette pratique puisqu’André Santini, mis en examen, figure au gouvernement.

Malgré les développements récents, il est encore loin d’être établi que Dominique de Villepin et Jacques Chirac soient à l’origine de la manoeuvre. Villepin a semble-t-il alerté la presse, mais aussi permis aux vérifications d’aller à leur terme. Pour l’heure, l’hypothèse la plus plausible est que Van Ruymbeke et Villepin se sont dans un premier temps fait enfumer. Naturellement les sarkophobes — espèce provisoirement rare — y verront une machination contre Villepin. La justice tranchera, à moins que tout ceci ne s’échoue en Cour de Justice de la République.

C’est peut-être contre-intuitif au départ, mais la fin des mises en examen couperet constitue un progrès dans l’intérêt de tous. L’incitation à encombrer la justice dans le but de discréditer un adversaire est réduite. Et sa lenteur est ici un avantage : le temps judiciaire étant plus long que le temps politique, c’est bien la gravité des faits qui motive celui qui l’alerte, pas la prochaine échéance électorale. Le respect de la présomption d’innocence du député-maire d’Asnières garantit non seulement ses droits fondamentaux, il garde aussi du risque d’instrumentalisation et de manipulation.

Prochaine note : Déni de réalite (Retirée)

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

MAJ 20/8

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

________
  1. On remarque que quand il s’agit de le faire renvoyer par les électeurs, il ne fait rien []

La plainte contre France 3 jugée irrecevable

Concernant la plainte en diffamation à l’encontre de MM. de Carolis et Gouville (France 3), Bruno de Beauregard indique que les juges estiment :

[...] que le liquidateur de Mayetic était [...] irrecevable à agir en diffamation, s’agissant d’une action « personnelle » et non « patrimoniale »

Il précise également avoir fait appel de la décision concernant le journal Le Monde.

Commentaires :

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (V)

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Un vrai politique

On a vu que le procès en inefficacité du député d’Asnières était vicié. Evoquons trois problèmes importants qui concernent la France et pas spécifiquement Asnières :

  • En 2002, le candidat de l’extrême droite est au 2e tour de l’élection présidentielle.
  • En 2005, les Français rejettent le traité constitutionnel qui leur est soumis par referendum.
  • En 2005, trois semaines de violences urbaines se déroulent dans les banlieues. Les analyses divergent sur leurs causes mais l’une d’entre elles est que leurs habitants se sentent rejetés par le reste de la société française.

Manuel Aeschlimann a-t-il tenté d’agir sur ces sujets ? Oui, dans les trois cas :

  • Sur la réduction du Front national, en 2005, dans l’International Herald Tribune, il indiquait :
    • “The idea is to try to win voters who are not naturally inclined to vote for Nicolas Sarkozy, but who will do so if he addresses their demands,” said Manuel Aeschlimann, who gauges public opinion for the Union for a Popular Movement, France’s leading center-right party, which is headed by Sarkozy.
      In an interview Thursday, Aeschlimann said that the vast majority of the National Front’s electorate supported the party “with very personal and local concerns in mind.”
      He added: “We think 50 percent of them could be persuaded to vote for Nicolas Sarkozy if we make law and order a priority.”
    • L’idée est de tenter de gagner des électeurs qui ne se portent pas naturellement sur Nicolas Sarkozy, mais qui le feront s’il répond à leurs attentes. Une vaste majorité d’électeurs du Front national soutient ce parti pour des raisons très personnelles et locales. Nous pensons que la moitié d’entre eux peuvent être persuadés de voter pour Nicolas Sarkozy si nous faisons de la loi et de l’ordre une priorité.
    • Ces propos ont naturellement suscité la polémique. Il n’en demeure pas moins qu’ils sont complètement assumés et qu’ils ont été appliqués à la lettre et avec succès deux ans plus tard. On peut certes considérer que ça revient à faire du Le Pen sans Le Pen, mais on ne peut contester une certaine justesse d’analyse qui a conduit au résultat escompté. Le Pen, qui fait de la politique depuis plus d’un demi-siècle, n’a semble-t-il compris que quelques semaines avant l’élection qu’on ne préférerait pas comme d’habitude l’original à la copie. Pur coup de bol, obtenu certainement en se tournant les pouces.
    • Dans les pays où il est possible d’évoquer ce sujet sans se retrouver couvert d’un torrent de boue, on appelle ça le progressive dilemma :
      • It was the Conservative politician David Willetts who drew my attention to the “progressive dilemma”. Speaking at a roundtable on welfare reform, he said: “The basis on which you can extract large sums of money in tax and pay it out in benefits is that most people think the recipients are people like themselves, facing difficulties that they themselves could face. If values become more diverse, if lifestyles become more differentiated, then it becomes more difficult to sustain the legitimacy of a universal risk-pooling welfare state. People ask: ‘Why should I pay for them when they are doing things that I wouldn’t do?’ This is America versus Sweden. You can have a Swedish welfare state provided that you are a homogeneous society with intensely shared values. In the United States you have a very diverse, individualistic society where people feel fewer obligations to fellow citizens. Progressives want diversity, but they thereby undermine part of the moral consensus on which a large welfare state rests.”
      • C’est l’homme politique conservateur David Willets qui a attiré mon attention sur le dilemme progressiste. Lors d’un colloque sur la réforme de l’Etat providence, il indiquait : “Le principe qui permet de redistribuer de vastes sommes ne fonctionne que parce que la plupart des gens pensent que les destinataires de l’aide sont des gens comme eux, face à des difficultés qu’ils pourraient eux-mêmes rencontrer. Si les valeurs deviennent plus diverses, si les modes de vie deviennent trop différenciés, alors il devient plus difficile de donner une légitimité à la fonction d’assurance-risque de l’Etat providence. Les gens demandent : “Pourquoi devrais-je payer pour eux alors qu’ils font des choses que je ne ferais pas ?” C’est les Etats-Unis contre la Suède. Vous pouvez avoir un Etat-providence pourvu que votre société soit homogène avec des valeurs partagées intensément. Aux Etats-Unis vous avez une société très diverse, individualiste (…). Les progressistes veulent de la diversité, mais ils fragilisent de la sorte une partie du consensus moral sur lequel repose l’Etat providence.
      • La gauche française a ceci de paradoxal qu’elle a tranché ce dilemme, mais qu’elle n’arrive pas à l’assumer : Nicolas Sarkozy a plus régularisé d’étrangers que ses prédécesseurs socialistes.
      • On notera que dans cette optique l’accent mis sur les valeurs et l’identité est cohérent avec la défense du modèle de protection sociale français. Chacun voit bien les risques de dérives. C’est justement le rôle de l’opposition de les montrer ou de les empêcher. Mais ça ne peut être efficace que si l’on respecte l’adversaire qui représente des électeurs qu’il faut convaincre. A moins que l’objectif soit de rester éternellement minoritaire pour pouvoir continuer à se plaindre sans jamais agir.
  • Sur le traité constitutionnel, il s’en prend à Jean-Pierre “Win the yes” Raffarin en lui demandant par média interposés de se mettre en retrait de la campagne. Il jugeait apparemment qu’il la plombait. C’est une analyse assez difficile à contester, mais j’ai trouvé moyen de le faire : il aurait dû poursuivre sa critique jusqu’à Jacques Chirac.
  • Sur les problèmes des banlieues, la critique serait plutôt qu’il en a trop fait, ou pas comme il faut :
    • Mise en place du communautarisme dans sa ville, selon ses opposants. Il est difficile d’en juger le degré car il maintient dans le même temps que cela ne l’empêche pas de mener une politique d’intérêt général.
    • Dans un parti paraît-il de godillots, il s’en prend en 2004 au gouvernement de Jean-Pierre Raffarin - c’est une manie - et à sa “beurette gadget” (Tokia Saïfi). En détails ça donne : “Les Français issus de l’immigration méritent mieux que cela. L’effet Tokia Saïfi n’aura duré que le temps des législatives 2002, la droite est incapable de faire émerger de vraies personnalités charismatiques parmi les jeunes issus de l’immigration. Il y a vraiment un vote ‘beur et black’ qui n’est pas pris en compte par la droite.” Ce point de vue a visiblement été entendu lors de la campagne présidentielle et lors de la composition du nouveau gouvernement.
    • Son directeur de cabinet était d’origine iranienne et se voyait semble-t-il lui succéder.
    • Le bilan de ces expériences est très difficile à établir en raison des controverses. On note en tout cas que le député semble s’être replié sur le système de sélection classique des élites françaises pour le recrutement de ses nouveaux collaborateurs.
    • Comme pour l’absentéisme, les critiques envisagent le problème par le petit bout de la lorgnette, et si l’on regarde les élus confrontés à des questions similaires, les “dérives” communautaristes sont parfois presque plus extrêmes :
      • Communiqué de Jean-Paul Huchon, président [socialiste] du conseil régional d’Ile de France, En ce lundi 1er Chawel 1427 de l’Hégir, qui correspond au 23 octobre 2006 de notre calendrier, je souhaite à tous les musulmans d’Ile de France et de France une très bonne fête de l’Aïd al Fitr.
        Je souhaite qu’Allah accepte votre jeûne et vous comble de Sa Clémence et de Sa Miséricorde. “
      • Sébastien Pietrasenta, suppléant de la candidate socialiste aux dernières législatives contre Aeschlimann, n’a pas manqué de relayer l’appel de l’interassociative lesbienne et gaie à faire barrage à Manuel Aeschlimann “pour le respect et le droit de chacun de vivre dans la dignité“. Apparemment le député a signé avec 157 de ses collègues un texte affirmant son opposition au mariage ainsi qu’à l’adoption et la formulation porte atteinte à la dignité.

Se pourrait-il finalement que le vote se fasse sur enjeu et qu’on montre du doigt celui qui ose sortir de l’hypocrisie en appelant les choses par leur nom et en les systématisant ?

MAJ 5/8

  • E Pluribus Unum: Diversity and Community in the Twenty-first Century : compte-rendu d’une étude de Robert Putnam menée sur près de 30.000 personnes aux Etats-Unis. L’étude a été réalisée en 2000, mais Putnam a refusé de la publier “jusqu’à ce qu’il puisse développer des propositions pour compenser les impacts négatifs de la diversité”, soit jusqu’en juin 2007 dans cet article publié par les Scandinavian Political Studies. Extrait : “New evidence from the US suggests that in ethnically diverse neighbourhoods residents of all races tend to ‘hunker down’. Trust (even of one’s own race) is lower, altruism and community cooperation rarer, friends fewer. In the long run, however, successful immigrant societies have overcome such fragmentation by creating new, cross-cutting forms of social solidarity and more encompassing identities.”
  • The downside of diversity, article du Boston Globe sur l’étude de Putnam, publié ce jour.

Prochaine note : Corruption

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

Relaxe du journal Le Monde

MAJ : Bruno de Beauregard fait appel de cette décision.

japarthur indique :

Jean-Marie Colombani et Gerard Davet, du journal Le Monde, sont relaxés au bénéfice de la bonne foi, suite à la plainte déposée par Bruno de Beauregard pour l’article publié le 22.10.05

A lire :

MAJ 21/7

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (IV)

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Un député activement paresseux

Le fidèle lecteur d’Asnierois.org ne manquera pas de relever que le député-maire d’Asnières fait carton-plein au jeu des sept péchés capitaux. Faute de pouvoir être exhaustif je prendrai l’exemple de la paresse.

Sébastien Pietrasanta, suppléant de la candidate socialiste à la députation contre Manuel Aeschlimann, résumait juste avant l’élection l’ensemble de ces griefs :

Lors de mes rencontres avec les Asniérois et les Colombiens, je me suis rendu compte que de nombreux concitoyens ne savaient même pas le nom de leur député. Il n’a rien fait durant ses 5 ans de mandat. Il a préféré faire des coups médiatiques plutôt que de travailler à l’Assemblée Nationale ou de s’occuper des problèmes des habitants de la circonscription.

A titre d’exemple, Le journal Le Cri du Contribuable a noté les députés en mai 2007. Il atteint une note de 8/29 alors que la moyenne est nettement plus élevée…Il n’a déposé que 49 questions en 5 ans alors que la moyenne par député est de 222…Pire encore, il n’a déposé qu’une seule proposition de loi en cinq ans…Et encore…c’était pour interdire les triangulaires aux élections. Une proposition de loi qui touche bien sûr la vie quotidienne des milliers d’Asniérois et Colombiens.

Enfin, le député n’est jamais présent. Il s’est fait épingler par son absence par de nombreux journaux (notamment l’Express). Il n’intervient quasiment jamais à l’Assemblée Nationale. Il ne participe presque jamais aux votes des lois (84 sur 1 094).

Voilà le vrai bilan de Manuel Aeschlimann. Il est terrible et ne fait pas honneur à la politique. Les Asniérois et les Colombiens devraient le savoir avant de voter.

Creusons un peu cette charge :

  • Sur la note de 8/29 du Cri du Contribuable :
    • L’article de Sébastien Pietrasanta est daté du 7 juin 2007. Le 8 juin 2007 asnierois.org publie un article intitulé “Elections : avant d’aller voter” où l’on retrouve cette “information”. Ceux qui commençaient à subodorer un zeste de mauvaise foi du site sont bien vite rassurés : “Chez nous il n’a plus la cote, mais chez les autres ? Eh bien figurez-vous, chez les autres non plus, il n’a pas la cote ! Et, promis, juré, nous n’y sommes pour rien.” Et de préciser, bien en évidence, que “Manuel Aeschlimann a réussi ça tout seul, un beau ZÉRO TOUT ROND POUR L’ANNÉE 2006/2007 !” Sans oublier le lien “top-crédibilité” vers la source d’origine où le lecteur peut constater de lui-même l’incontestable : sur la législature la note est bien de 8/29 et sur l’année de 0/5.
    • J’ai pris un petit échantillon de députés de la précédente législature qui ont été “promus” cette année (ministres, secrétaires d’Etat, président de l’AN etc.) en particulier Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement, qui a publié un livre où il critique… l’absentéisme à l’Assemblée. A l’exception de l’excellente Nathalie Kosciusko Morizet qui obtient 3 points de plus qu’Aeschlimann, aucun n’a plus de 2,5/29. Laurent Wauquiez a droit à un zéro tout rond pour les cinq ans. Quant au PS-Modem-Verts-PC, sur l’échantillon que j’ai pris, on culmine à 1/29 sur les cinq ans. (François Bayrou, Jean Lassalle, Yves Cochet, François Hollande, Ségolène Royal, Jean Glavany, DSK, Laurent Fabius, Jean-Marc Ayrault, Didier Migaud, Elisabeth Guigou, Jacques Brunhes)
    • J’ai aussi fait une moyenne de tous les députés dont le nom commence par la lettre A : 3,42/29. En retirant Aeschlimann, on tombe à 3,16/29. Quand on fait la moyenne des députés PS et PC de cet échantillon on tombe à… 0/29.
  • Sur sa productivité :
    • Questions : 49. En comparant sa fiche à l’Assemblée à celles du même échantillon que pour le Cri du Contribuable, on constate qu’il est effectivement en dessous de la moyenne, mais pas de façon scandaleuse. Laurent Wauquiez n’a posé que 24 questions, par exemple, DSK 11… Par rapport à la moyenne de tous les députés (222 questions) c’est différent. Mon échantillon se caractérise (volontairement) par des députés connus ou sur le point de l’être.
    • Propositions de loi : 264. Ici il est dans la partie haute de mon échantillon. Le fait de n’avoir déposé qu’une seule proposition de loi n’est pas très significatif. Le rapport proposition de loi / loi effectivement votée doit tourner autour de 15. Dans les faits, il est assez rare qu’un député soit à l’origine d’une loi. En outre, la plupart des spécialistes du droit se plaignent de l’inflation législative : trop de lois, trop de textes qui se superposent… Retenir ce critère pour jauger l’efficacité des députés les fera, aux choix, rire ou entamer une dépression.
    • Rapports : 9. Ici il fait beaucoup mieux que la plupart de ses collègues.
    • Liste des séances où le nom du député apparaît : 5. C’est ici où la comparaison est la plus défavorable. Il est en bonne compagnie : Laurent Fabius ou Ségolène Royal, par exemple, apparaissent 8 fois. Par ailleurs, quand on sait qu’il suffit d’injurier son voisin pour apparaître dans le compte-rendu, je n’ose imaginer ce qui va se passer si ça devient un critère de qualité des députés.
  • En théorie, le rôle d’un député est de se consacrer aux problèmes nationaux, pas spécifiquement “de s’occuper des problèmes des habitants de la circonscription“.
  • Notons au passage que le culte de la personnalité sévissant à Asnières n’est pas aussi pesant qu’on nous l’affirme, l’opposition socialiste découvrant des masses d’électeurs qui n’ont jamais entendu parler de leur député-maire. De là à en conclure que c’est un problème national, connu depuis longtemps, qui explique pourquoi Aeschlimann ne rate jamais une occasion d’apparaître dans la “propagande” municipale, il y a un pas…

En vérité on se trompe de cible. Ce qui est dénoncé est le fait que le parlement soit devenu une chambre d’enregistrement. La réalité est la suivante :

  • Michel Rocard, ancien Premier ministre socialiste, indiquait que le rôle de l’Assemblée était essentiellement symbolique. Les décisions se prennent quelque part entre le gouvernement, la technostructure, les médias, les sondages, les lobbies et Bruxelles.
  • L’Assemblée ne maîtrise pas vraiment son ordre du jour.
  • Les spécialistes considèrent que le gros du travail utile à l’Assemblée se déroule en commission. Dans la législature qui vient de s’achever Manuel Aeschlimann était membre de l’une des plus importantes : la commission des lois.
  • Dans ce système un député efficace ne perd pas son temps à vociférer en séance à l’Assemblée. Il noue des contacts fructueux dans les ministères et ailleurs, intervient dans les médias pour peser sur les décisions… En dénonçant ses coups médiatiques, Sébastien Pietrasanta complimente involontairement le député.

On est à l’évidence très loin du rôle du parlement tel que l’enseigne probablement Sébastien Pietrasanta à ses élèves en cours d’histoire. Son age d’or s’est achevé avec la IIIe République dont les débats parfois violents ont abouti à certains de nos meilleurs textes. On peut parfaitement plaider pour une restauration de son rôle, qui semble d’ailleurs s’amorcer ces jours-ci. Pour ma part, il me semble toutefois assez anachronique de vouloir ramener le débat entre les murs étroits de l’Assemblée alors que s’amorce grâce au net la possibilité d’y faire participer tous ceux qui le veulent en fonction des sujets.

En creusant, on découvre que la charge initiale, assez ridicule, occulte un débat intéressant, fort éloigné toutefois des préoccupations concrètes de la plupart des asniérois. Comme quoi celui que l’on désigne à la vindicte populaire n’est pas forcément le plus déconnecté des réalités.

Prochaine note : Un vrai politique

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

MAJ 13/7

La mairie, de plus en plus réactive, me transmet deux documents intéressants :

MAJ 15/7

Par comparaison de ce qu’est une opposition pertinente et digne de ce nom, voir le site lancé par Christophe à Puteaux :

http://www.puteaux.org/

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation