La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)
Corruption
Ce petit tour des turpitudes supposées serait très incomplet sans évoquer ce qui est suggéré à longueur d’articles mais très rarement de façon ouverte : la corruption. On devine à nouveau la justification : se serait s’exposer à une plainte du député procédurier. On laisse donc le soin au lecteur de prolonger de lui-même : on labellise des candidats “anti-corruption”, on fait leur promotion, on organise des actions en ce sens, on s’adonne à des raccourcis foireux… Chacun comprendra.
Suite à la plainte de l’ADECA, l’association qui a créé asnierois.org, le député est mis en examen dans une affaire de favoritisme. Dans sa lettre adressée au juge il en fait lui-même la demande. Selon les magistrats interrogés par Le Parisien, elle était de toute façon “dans l’air”. Sans rentrer dans les détails, la mise en examen permet dans certains cas de mieux se défendre que la procédure du témoin assisté, même si ce n’est pas la raison invoquée.
Quelques points intéressants de ce courrier :
- “L’instruction a démontré qu’à supposer l’existence d’une irrégularité, il n’y avait ni enrichissement personnel, ni financement occulte de quoi que ce soit.”
- “Devant moi, vous avez alors reconnu que les arguments des avocats défendeurs étaient plausibles et que les témoins à charge s’étaient manifestement trompés.”
- “Je vois que l’instruction s’appuie sur de nombreux actes de procédure pourtant absolument falsifiés. Des faux numéros d’instruction parquet, des documents anti-datés, des faux procès-verbaux… Tout y passe. Le parquet est au courant. Vous êtes au courant. Et les auditions se poursuivent comme si de rien n’était.”
Naturellement, comme il s’agit d’un politique, on ne peut accorder aucun crédit à ce qui précède. Raisonnement absurde : sauf cas pathologique on ne ment pas par plaisir mais par intérêt. C’est vain sur des faits aisément vérifiables, sauf à vouloir se faire assassiner lors du renvoi devant le Tribunal. Il y a dès lors de bonnes probabilités pour que ce qui précède soit exact, ce qui voudrait dire qu’il n’y aurait pas de corruption et que les charges s’appuieraient sur des personnes qui n’ont pas de preuve mais des certitudes, certitudes qui n’ont pas résisté à l’examen.
Or c’est là la seule affaire concernant des faits éventuels de corruption. Il n’était d’ailleurs pas maire à l’époque. Il y est mêlé car des témoins affirment que chacun sait qu’il s’occupait de tout1. Tout le reste des affaires locales ne concerne que de la diffamation et des refus de droit de réponse mêlant entre autres des tracts anonymes, sport historique à Asnières dont il n’est pas l’inventeur. Ce qu’on peut sans doute lui attribuer, c’est le soufflé judiciaire qui accompagne désormais cette spécialité locale.
Ces quelques éléments justifieraient au moins que l’on attende la décision des magistrats. Mais non, on amalgame des faits qui n’ont rien à voir, d’autres politiques des Hauts-de-Seine qui ont pour leur part été condamnés, on mélange le tout et l’on touille et ça fournit des antécédents qui servent de point d’appui à de nouvelles supputations.
Ce qui est très étrange, c’est que la chronique des faits judiciaires touchant nos représentants s’attarde sur quelques uns, mais nettement moins sur d’autres. Pendant que le député-maire d’Asnières se mettait en examen, le président du conseil régional d’Ile-de-France, le socialiste Jean-Paul Huchon, se faisait condamner par la même chambre que son prédécesseur de droite. Partie civile pour des faits de corruption à l’époque où il était dans l’opposition, voici qu’il se retrouvait accusé et condamné pour prise illégale d’intérêt une fois au pouvoir.
Pour se justifier, il expliquait, s’agissant de sa femme, que : “Nos conversations ne sont jamais professionnelles. J’ai une conception moderne du rôle de la femme. Elle a sa vie, et j’ai la mienne.” L’accusation relevait pour sa part que pendant deux ans elle “n’a exercé d’activités professionnelles qu’au sein des sociétés attributaires des marchés publics de la région et pour la durée de l’exécution de ces contrats. Et depuis sa réélection à la tête de la région Ile-de-France, en 2004, Jean-Paul Huchon emploie sa femme en qualité de collaboratrice à son cabinet”. Les juges l’ont pour l’instant condamné à six mois de prison avec sursis, 60.000 euros d’amende et un an d’inéligibilité. L’appel est en cours, il est toujours en poste, Sébastien Pietrasanta s’est même prévalu de son soutien juste avant les élections. Que font les médias sarkozystes, pourquoi ne dénoncent-ils pas à longueur de reportages ces faits intolérables ?! La maladie des Hauts-de-Seine s’étend à toute l’Ile-de-France et on ne nous dit rien !
Rah mais ça n’a rien à voir. Huchon on le connaît, il fait du super boulot. Bon il a peut-être commis quelques maladresses, mais on lui fait un mauvais procès, certainement un coup de la droite qui n’a pas digéré la perte de la région… Rien à voir, vraiment ? Pas plus, sans doute, que les aventures judiciaires de DSK, qui avait dû abandonner son poste de ministre de l’Economie lors de sa mise en examen et qui une fois au tribunal avait vu l’accusation se ridiculiser et abandonner toutes les charges. Rien de grave, l’instabilité ministérielle à ce poste n’est pas un problème : 10 ministres en dix ans, contre un ou deux chez nos voisins…
Cette façon d’utiliser des affaires judiciaires dans les combats politiques existe depuis la Grèce antique. Plus proche de nous on lira avec intérêt ces quelques pages du journal de Raymond Poincaré. Président de la République pendant la première guerre mondiale, il préfère Clemenceau, partisan de la poursuite de la guerre, à Caillaux, partisan d’une paix de compromis. Une fois en poste, Clemenceau n’a de cesse de tenter de montrer que son rival se compromet avec l’ennemi. Caillaux n’est pas en reste et tente de faire couler Poincaré et Clemenceau. La France est en pleine guerre, mais le gros des conversations entre les présidents de la République et du Conseil porte sur Caillaux. Poincaré ne manque pas de noter les exagérations de Clemenceau. Caillaux finira en prison, condamné pour “aide involontaire” de l’ennemi, puis redeviendra ensuite député. On peut certes se scandaliser de ces basses manoeuvres. Ou voir aussi, en même temps, de la grande politique : des désaccords profonds sur des choix critiques. Clemenceau, outre ses responsabilités dans la victoire, est aussi l’auteur du titre du célèbre article de Zola : “J’accuse…!”.
Encore plus près de nous, dans l’une des affaires Clearstream — celle qui cache la foret des frégates — on sait que c’est un proche de Dominique de Villepin qui a remis “anonymement” au juge Van Ruymbeke un listing qui s’est révélé par la suite être un faux. Ce listing impliquait Nicolas Sarkozy, qui a donc frisé la mise en examen. Or, comme l’illustre l’exemple de DSK déjà cité, il est de tradition que les ministres démissionnent dès leur mise en examen. Comme par hasard Nicolas Sarkozy vient de rompre avec cette pratique puisqu’André Santini, mis en examen, figure au gouvernement.
Malgré les développements récents, il est encore loin d’être établi que Dominique de Villepin et Jacques Chirac soient à l’origine de la manoeuvre. Villepin a semble-t-il alerté la presse, mais aussi permis aux vérifications d’aller à leur terme. Pour l’heure, l’hypothèse la plus plausible est que Van Ruymbeke et Villepin se sont dans un premier temps fait enfumer. Naturellement les sarkophobes — espèce provisoirement rare — y verront une machination contre Villepin. La justice tranchera, à moins que tout ceci ne s’échoue en Cour de Justice de la République.
C’est peut-être contre-intuitif au départ, mais la fin des mises en examen couperet constitue un progrès dans l’intérêt de tous. L’incitation à encombrer la justice dans le but de discréditer un adversaire est réduite. Et sa lenteur est ici un avantage : le temps judiciaire étant plus long que le temps politique, c’est bien la gravité des faits qui motive celui qui l’alerte, pas la prochaine échéance électorale. Le respect de la présomption d’innocence du député-maire d’Asnières garantit non seulement ses droits fondamentaux, il garde aussi du risque d’instrumentalisation et de manipulation.
Prochaine note : Déni de réalite (Retirée)
Les notes de cette série :
- Introduction
- Opacité à Asnières
- Un heptatraître
- Un député activement paresseux
- Un vrai politique
- Corruption
- Déni de réalite (Retirée)
MAJ 20/8
- Subversion en Gaule d’hier et d’aujourd’hui sur Agoravox, Asnières étant l’exemple contemporain. Fichtre ! Philippe Vassé s’est fait un nouvel ami.
Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation
________- On remarque que quand il s’agit de le faire renvoyer par les électeurs, il ne fait rien [↑]