Le problème des blogs multilingues

Have a cigar dear boyAvertissement : note à fort contenu néologique.

Loïc, et oui, encore lui, évoque dans ce podcast son cheminement concernant la question des blogs multilingues.

Initialement il ne comptait pas bloguer en français, la langue du net étant pour lui l’anglais. Mais c’est son blog français qui est devenu cozy, interactif, suprême punching ball, bref vivant, tandis que l’anglais reste désespérément froid. Les lois de la proximité existent toujours, on dirait.

Je vois au moins deux explications :

  • Locaculture > globaculture. On constate depuis longtemps que les meilleures audiences à la télé se font sur des productions françaises. Le vrai problème est leur rentabilité. Les productions “anglosaxones” sont déjà archi-amorties lorsqu’elles sont diffusées, alors que les françaises n’adressent qu’un “petit” marché de 60 millions de personnes. Il reste la francophonie et l’Europe, mais le problème est alors le même puisqu’il s’agit de productions exogènes, sans l’avantage de “Hollywood” qui laboure ces marchés depuis plus de 60 ans.
  • Ses notes anglaises sont traduites. S’astreindre à ces traductions est probablement pour lui une façon d’améliorer son anglais. Le problème c’est que ça l’empêche de penser en anglais. On ne parle bien une langue que lorsqu’on l’habite. Un Français, un Anglais et un Américain ne pensent tout simplement pas de la même façon. Une traduction n’est jamais bonne. Le mieux que l’on puisse faire est une adaptation, c’est à dire une recréation dans l’autre culture. Et c’est d’ailleurs tout le problème de l’anglais. Car quel est son terreau culturel ? Le globish, la BBC, le Texas ?
  • Une niche libre : celle du français. Le créneau qu’a fini par occuper Loïc était déjà très encombré en anglais. Pour que son blog sorte du lot, il lui aurait fallu occuper une sous-niche. Par exemple le blog des amateurs de cigare, ou s’il est déjà trop encombré, le blog des amateurs d’une certaine marque de cigare. Et si tout est pris, le blog des amateurs de cigare qui ont rencontré Fidel Castro. On me dit qu’ils sont tous morts ! On n’arrête pas de vous le dire : fumer est dangereux. Donc si l’on y pense, vu que les coûts de production ne sont pas ceux des mass média, la “petite” niche française de 60 millions d’âmes est finalement nettement plus intéressante que la niche “anglosaxone” des amateurs de cigare qui rencontrent Fidel Castro.
  • Comme vous êtes perspicaces ! J’avais promis deux explications, et j’en donne trois. Comme ça vous avez la possibilité d’en jeter une. C’est un nouveau concept marketing : on fabrique trois produits, vous payez les trois, mais comme il y en a toujours un de défectueux, il ne vous en reste que deux. Mouais, pas si novateur que ça, finalement.

Ceci posé, un blog multilingue c’est encore pire. Vous allez rebuter à chaque fois que vous ne vous exprimez pas dans la culture de votre lecteur. La solution classique est d’avoir un produit par niche, c’est-à-dire deux blogs bien distincts. C’est, ici aussi, la démarche de Loïc, même si rétrospectivement je pense qu’il regrette de ne pas avoir deux domaines différents, bicause Google is Evil.

Je ne l’ai pas retenue par confort personnel :

  • Avoir plusieurs blogs oblige à un effort mental important : constamment se mettre à la place du lecteur, réfléchir à qui l’on s’adresse, dans quel objectif etc. J’y prends plaisir dans mon travail, mais ce blog doit rester un loisir, un terrain de jeu et d’expérimentation. Je ne pense pas de façon structurée et hiérarchisée. Et la plupart des gens non plus, ce qui explique l’échec du Web sémantique qui introduit la structuration trop en amont. Sur les sujets techniques ou business, je pense en général en anglais. Pour tout le reste, plutôt les langues latines. Mais c’est plus fuzzy que ça. Si je veux faire de l’humour sur le business ou la technologie, le français c’est top, surtout mâtiné de franglais, qui se traduit par Denglish, en allemand.
  • Les outils mis en place permettent d’effectuer ce travail de sélection automatiquement, puisqu’il y a une rubrique et un flux RSS par langue. Par ailleurs, l’essentiel des visites se fera par des liens ou des recherches sur la page ad hoc.
  • Le seul véritable défaut est l’interface, qui reste en anglais partout. Il y a de très bonnes solutions à ce problème, mais je ne souhaite pas les mettre en place car ça contraindrait les expérimentations techniques que je compte mener. En compensation je choisis des termes compréhensibles dans la plupart des langues que je pratique.
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2 Responses to “Le problème des blogs multilingues”


  1. 1 Martin-Éric

    Je pense que l’idéal serait un seul blog multilingue, mais avec la possibilité de fils RSS différents pour chaque langue (en plus du fil global toutes langues confondues). Je n’ai cependant pas trouvé comment le faire sur Blogger, plateforme qui supporte pourtant plusieurs langues pour l’interface usagé. Idéalement, y’aurait également des fils RSS séparés par tag autre que celui indiquant la langue de l’article.

  2. 2 lionel

    bin ici j’ai créé une catégorie FR et EN, et je peux produire un feed par catégorie…

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