Démocratie version 2

Il est temps de rejoindre ~laurent, qui nous invite à passer notre démocratie en version 2.

L’histoire et le relativisme devraient nous rappeler que notre système politique actuel est nécessairement temporaire. Nos démocraties ne sont ni abouties, ni pérennes. Il y a à peine un siècle, la République était tout juste consolidée en France. Les nations allemandes et italiennes étaient à peine constituées. Ce type de démocratie n’est devenu le modèle dominant du monde que depuis quelques décennies et reste extrêmement fragile ou caricatural dans quantité de pays. Envisager nos démocraties comme immuables et indépassables, c’est se priver de la possibilité de les améliorer.

Mais nous ne nous contentons pas d’envisager notre système comme supérieur aux autres, au point de nous livrer chez ceux qui ne le partagent pas à un prosélytisme quasi-colonial. Nous l’idéalisons. Nous faisons mine de croire que nos démocraties donnent le pouvoir au peuple, alors qu’elles ne fonctionnent effectivement que parce que ce pouvoir est relatif. Nous oublions usuellement le deuxième pilier, sans quoi le reste s’effondre, les contre-pouvoirs, qui constituent autant d’anticorps vitaux au pouvoir absolu du peuple.

Ces contre-pouvoirs prennent diverses formes. Bicamérisme, représentativité, pouvoir judiciaire indépendant, banques centrales indépendantes, entreprises, constitutions non-volatiles, Union européenne, traditions, syndicalisme, activisme etc. Le peuple est certes souverain, mais considérablement corseté. Cette réalité est rarement assumée clairement. Or l’occulter est le comble de l’infantilisation. Non seulement on juge le peuple trop bête pour s’assumer lui-même, mais surtout on le juge incapable de comprendre que la limitation des pouvoirs est cruciale au bon fonctionnement d’une société paisible.

L’avantage de l’infantilisation, c’est qu’elle finit toujours par vous donner raison. Traitez des adultes comme des enfants, ils finiront par vous renvoyer d’eux une image infantile. Le peuple va ainsi, tel un enfant gâté, vous jeter à la figure votre belle constitution, qui organisait justement une subtile matrice de contre-pouvoirs. Il va aussi voter pour les phénomènes de foire, envoyant des candidats crédibles en préretraite.

Cette idée que l’élection est le socle d’une démocratie est une fiction, depuis longtemps perçue comme telle par une majorité de citoyens. Même les classes moyennes supérieures, qui ont pourtant un intérêt considérable à la pérennisation du système, n’annuleront pas un week-end aux Seychelles pour participer à une élection.

L’absurde est en vérité de croire que des organisations sociales créées lorsque la majorité de la population savait à peine lire puissent survivre, immuables, dans des sociétés qui se fixent pour objectif de mener le gros de leur population vers des études supérieures, et y parviennent déjà en partie. Nos représentants politiques sont certes plus estimables qu’on ne le dit usuellement, mais ils ne sont pas très différents de nous. Certains sont plus intelligents, d’autres moins, mais rien ne les prédispose dans l’ensemble à prendre de meilleures décisions que nous. Or si notre représentant ne nous est pas supérieur, pourquoi donc se faire représenter ?

Il est exact que si nous ne changeons rien à notre organisation sociale actuelle, nous sommes trop nombreux, ce qui exige mécaniquement d’être représenté. Mais c’est prendre le problème à l’envers : changeons notre organisation sociale pour éviter d’avoir à être systématiquement représentés par plus incompétent que nous, collectivement.

Si l’on veut bien un instant cesser de considérer l’élection au suffrage universel comme sacrée et consubstantielle de la démocratie, diverses perspectives s’ouvrent. Si nous sommes tous des citoyens responsables, je dois m’habituer à faire confiance à mes concitoyens pour prendre les bonnes décisions dans les domaines auquel je ne connais rien. Si j’exige d’avoir une part dans la décision via un représentant élu, en vérité je ne leur fais tout simplement pas confiance. Je préfère passer via un incompétent que je peux renvoyer à la prochaine élection, plutôt que de laisser faire ceux qui savent. C’est très confortable, car je peux ensuite rejeter la responsabilité des erreurs sur quelqu’un d’autre, mon député, plutôt que d’admettre qu’elles font partie de la vie et que finalement, si j’avais pris la peine de m’informer et de participer à la décision, j’aurais peut-être pu les éviter. C’est certes courir un très grand risque, celui de découvrir qu’on est faillible et qu’on ne ferait pas forcément mieux.

MAJ 4/1/06 : Voir chez Alain Lefebvre Pourquoi changer la démocratie ? : Passons de la “représentation” à la “participation” !

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3 Responses to “Démocratie version 2”


  1. 1 ~laurent

    > Même les classes moyennes supérieures, qui ont pourtant un
    > intérêt considérable à la pérennisation du système, n’annuleront
    > pas un week-end aux Seychelles pour participer à une élection.

    C’est pour cela que l’on peut envisager une démocratie “User Friendly” : pourquoi l’acte politique devrait être une souffrance ?

    Pourquoi ne pas mettre de “la musique”, faire que voter se fasse en sourire (peut être que cela vient de nos origines protestantes ou chrétiennes).

    Conversation avec Alain Lefebvre : je veux pouvoir voter de chez moi comme je paie maes impots (et pourquoi pas par SMS ?).

    Une démocratie souriante :D

  2. 2 lionel

    Euh je veux bien voter par SMS quand le marché du mobile sera libéralisé ;-) Et payer mes impôts avec le sourire, c’est sûr les mecs, vous êtes vraiment en pleine utopie. Il faut payer les impôts avec gravité, sinon certains vont croire qu’ils vont pouvoir faire n’importe quoi avec. Oups, je crois que j’ai dit une connerie.

  3. 3 ~laurent

    MDR :D

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