Dans l’absolu et en théorie, il serait souhaitable que l’entreprise soit un acteur économique et social. Dans les faits, on constate que ce n’est pas le cas.
La fonction d’une entreprise est de rémunérer le capital. Toute son activité est subordonnée à cet impératif.
Une entreprise isolée qui se soucierait d’autres impératifs perdrait en compétitivité face à ses concurrents. De plus, les questions sociales sont complexes, l’Etat et les hommes politiques montrent combien elles sont difficiles à gérer. Par quel miracle des dirigeants d’entreprise, pour la plupart formés dans des écoles de commerce, obtiendraient-ils de meilleurs résultats ?
Il est nettement plus sain et clair d’avoir des entreprises ultra-compétitives qui se concentrent sur une une seule chose et la font bien (rémunérer le capital), et de mettre en place des régulations qui s’appliquent à l’ensemble des entreprises.
Malheureusement, ce modèle est partiellement en crise.
Le terrain de jeu de l’entreprise est mondial, celui de la régulation est régional. L’Union européenne est actuellement le seul régulateur d’envergure. Elle peut, lorsqu’elle le souhaite, faire plier General Electric ou Microsoft. Mais ses compétences sont limitées, d’une part statutairement, et d’autre part car il lui faut composer avec l’ensemble des autres puissances régionales.
D’autre part, la régulation arrive toujours trop tard et entraîne presque toujours des effets secondaires néfastes. Il faudrait intervenir nettement plus en amont. Les idées évoquées par ~laurent sous la bannière “démocratie 2.0” me semblent ouvrir une voie fertile dans ce sens.
Et nous avons déjà un exemple très technique qui nous prouve que ça peut marcher. le logiciel libre régule bel et bien le logiciel propriétaire en amont, ce que n’ont su faire ni le gouvernement américain, ni la commission de Bruxelles.



Bonjour,
Laurent m’a envoyé un lien avec votre article, il a bien fait.
Je le dis pour ouvrir le débat, non par agresivité : votre axiome de base “la fonction de l’entreprise est de rémunérer le capital” n’est pas bon. Je ne partage pas cet avis. La fonction de l’entreprise est de créer de la valeur qui doit rémunérer de façon équitable le capital ET le travail. Et encore ne parlons nous pas du même type de rémunération. La rémunération du capital doit se faire dans un temps long car chacun sait que les captitaux sont nécessaires à l’entreprise et doivent être regardés dans la durée. La rémunération du travail est immédiate. Cest cet équilibre qui a été perdu par l’approche excessivement financière que nous avons des entreprises aujourd’hui. Oui, une entreprise à un rôle social au sens de la société. Le développement durable, la “citoyennenté” de l’entreprise, tout cela a un sens et c’est aux entreprises et d’abord à leur chef de les assumer. Les structures politiques ne sont pas là pour contraindre à le faire mais pour faire en sorte que des règles équilibrées permettent à chacun de jouer son rôle correctement
didier :
on ne peut pas simplement décréter que l’entreprise a un rôle social et s’attendre comme par enchantement à ce que la réalité suive. vous employez à juste titre le terme d’axiome. comme si nous étions en mathématiques et que nous pouvions poser quelques axiomes de façon tout à fait arbitraire, sans tenir compte de la réalité. de la sorte, on peut très certainement donner toutes les propriétés que l’on veut aux entreprises. a-t-on pour autant modifié d’un iota le réel ? il me semble qu’après plus de 10 ans de chiraquisme, les Français devraient être particulièrement immunisés contre les beaux discours sans lien avec le concret.
dans la réalité, je ne connais pas d’exemple de chef d’entreprise révoqué parce que leur entreprise a manqué à ses obligations de citoyenneté ou de développement durable. il ne l’est que si ces manquements ont un impact sur les résultats de l’entreprise.
dire que c’est de la responsabilité du chef d’entreprise, c’est très commode. c’est se défausser de nos responsabilités de citoyens. on se choque, on se scandalise, on jacasse. autant de façons d’éviter d’agir.
pourtant la solution me semble assez simple. il suffirait de créer les conditions pour que ces manquements aient un impact sur les résultats des entreprises. il faut commencer par rendre ces manquements visibles, incontestables, ça s’appelle la transparence, et ensuite les communiquer au plus grand nombre.
tout le reste c’est se payer de mots. espérer que les chefs d’entreprise sont des saints omniscients qui vont faire plus que ce à quoi ils sont obligés, c’est une vision très positive de l’être humain. à supposer qu’ils le soient, c’est en vérité les mettre dans une situation impossible où on attend d’eux qu’ils se conforment à des concepts aussi vagues et arbitraires que le social, la citoyenneté et le développement durable. en fonction des époques et des cultures, ces concepts varient considérablement.
j’en ai pour ma part assez des campagnes de communication creuses absolument non suivies d’effets. on fait de belles promesses, intenables puisque rien ne les contraint, la supercherie finit par être découverte, tout le monde est déçu, pleure, se met en colère et devient cynique, et au final rien ne change.
L’entreprise socialement responsable ? Moi je suis persuadée que oui. Si elle ne l’est pas d’elle-même, il faut l’y contraindre.
Mais je vais développer chez moi (sur mon blog) car à trop me méler aux garçons, ça va faire jaser lol
(Je vous taquine bien sur Laurent et Lionel)
gaëlle : je ne dis pas autre chose. ça ne peut marcher que s’il y a des contraintes externes. pour le moment ce sont des voeux pieux. j’attends le développement avec intérêt chez toi
Mais Lionel nos opinions ne sont pas fondamentalement divergentes. J’ai au plus haut point le sens de la réalité et sais très bien qu’il ne suffit pas de dire une chose pour qu’elle devienne par miracle une réalité.
Nous sommes face à des exigences nouvelles. Le developpement durable, la citoyenneté des entreprises, etc .. sont un peu la tarte à la crème mais au fond ces idées sont bonnes. Tout se fait lentement. Par exemple, même si cela n’est pas suffisant, je vois dans le fait que les grandes entreprises soient obligées aujourd’hui d’inclure dans leurs rapports annuels des chapitres spécifiques à ces sujets une contrainte salutaire. Ce n’est pas suffisant, j’en suis bien conscient. Je sens aussi chez les jeunes entrepreneurs un souci de ces choses, les mentalités changent.
Dire que ce sont les chefs d’entreprises qui doivent s’en préoccuper dans les responsabilités qui sont les leurs n’est pas en contradiction ni une défausse de l’action que chaque citoyen doit avoir. Mais les outils utilisés ne sont pas les mêmes. Ce doit être une préoccupation commune gérée de manière différente en fonction des positions de chacun.
Maintenant je cours chez Gaelle !